« À condition d’avoir une table dans un jardin » de Gérard Watkins : la rencontre inspirée de deux mondes
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Marthe Gautier est la femme qui a découvert les origines chromosomiques de la trisomie 21. Avec simplicité et talent, Elisabeth Bouchaud et Julie Timmerman rendent justice à cette scientifique que les hommes ont invisibilisée.
On le sait, bien des femmes scientifiques ont été effacées de l’Histoire par leurs collègues masculins qui ont accaparé la lumière et sont entrés à leur place dans la postérité. On le sait, mais de manière confuse, et tout le travail d’Elisabeth Bouchaud, dans sa série « Les Fabuleuses », est de donner un nom, un visage, une histoire à ces femmes dont le travail a basculé dans l’ombre. Il s’agit là de rétablir une certaine forme de justice historique, bien sûr, mais aussi d’ouvrir un autre imaginaire des sciences qui montre aux jeunes femmes d’aujourd’hui qu’elles peuvent exceller dans le domaine, et également d’illustrer les mécanismes d’une des nombreuses formes d’invisibilisation que peut produire le patriarcat. Après Lise Meitner, Jocelyn Bell, Rosalynd Franklin, c’est donc à l’histoire de Marthe Gautier que s’est attaquée Elisabeth Bouchaud dans La découvreuse oubliée. Celle-ci a, la première, isolé le chromosome surnuméraire responsable de la trisomie 21, sous la direction du professeur Turpin. Sa route a malheureusement croisé celle de Jérôme Lejeune, qui s’attribuera le mérite de la découverte, en fera la publicité, avant de mener croisade contre la légalisation de l’avortement.
Une histoire ordinaire et exceptionnelle
Au plateau, c’est Marie-Christine Barrault qui incarne Marthe Gautier – morte en 2022 – dans son âge avancé, sa gentillesse et son humilité. Et sa petite fille, Marie Toscan, qui redonne vie à Marthe Gautier, plus jeune mais tout aussi modeste, quand, en 1958, elle découvre qu’un chromosome surnuméraire qui se fixe sur la paire n°21 (nous en comptons tous 23) est à l’origine de ce qu’on appelle alors le mongolisme, dorénavant nommé trisomie 21. Jérôme Lejeune manœuvre alors pour paraître comme l’auteur de cette découverte. Sa stratégie, d’une simplicité désarmante, facilitée par le contexte de ces années 50, est restituée de manière éloquente. On glisse ainsi rapidement dans le spectacle d’une époque à l’autre, de ce passé récent où Marthe Gautier, longtemps résignée à l’accepter sans broncher, décida de révéler la vérité, à cette époque plus éloignée où elle s’est laissé invisibiliser. La mise en scène de Julie Timmerman, via une interprétation enlevée, des transitions fluides, des jeux de lumière qui permettent aux différentes temporalités de communiquer entre elles et des personnages aux individualités nuancées, pris en charge côté masculin par Matila Malliarakis et Mathieu Desfemmes, développe une simplicité théâtrale juste et efficace. Elle permet ainsi à partir de cette histoire ordinaire et exceptionnelle de construire un spectacle à la fois instructif et émouvant.
Eric Demey
à 19h, samedi à 18h, dimanche à 16h, relâche le lundi et le mardi. Tel : 01 40 05 06 96. Durée 1h15
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