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Réalisateur d’opéra

Réalisateur d’opéra - Critique sortie
Peter Eötvös, l’un des plus importants compositeurs lyriques actuels, dirigera son nouvel opéra en création à Munich en février. Photo : Priska Ketterer.

Publié le 2 octobre 2009

Né en 1944, Peter Eötvös s’est d’abord fait connaître en France comme chef d’orchestre, directeur musical de l’Ensemble intercontemporain de 1978 à 1991. Compositeur, son œuvre couvre un vaste spectre, des musiques de film ou de théâtre de sa jeunesse aux grandes pages orchestrales comme Atlantis (1995) ou le concerto pour violon Seven (2006). Depuis Trois Sœurs, créé à Lyon en 1998, l’activité créatrice de Peter Eötvös est largement tournée vers l’opéra (Le Balcon, Angels in America, Lady Sarashina, Love and Other Demons). Die Tragödie des Teufels (La Tragédie du diable), sur un livret d’Albert Ostermaier, sera créé à Münich en février 2010.

« Le côté « fort » de ma musique est de créer des situations et caractériser les personnages. »
 
Comment choisissez-vous les sujets de vos opéras ?
 
Peter Eötvös : Je privilégie les textes d´action, physique et psychique, les caractères extraordinaires. Le côté « fort » de ma musique est de créer des situations et caractériser les personnages. Les sujets peuvent être contemporains, comme dans Angels in America, ou s’inspirer du journal d’une Japonaise du xie siècle (Lady Sarashina), ils renvoient toujours au questionnement du monde actuel. J´utilise différentes langues car chacune dicte sa propre sonorité, ses rythmes particuliers (Trois Sœurs est en russe, Le Balcon en français, La Tragédie du diable en allemand, trois autres sont en anglais ; Radames et Love and Other Demons sont même chantés en trois langues différentes). Cependant, je fais toujours attention à ce que l’on comprenne bien le texte.
 
Participez-vous à l’adaptation des livrets ?
 
P.E. : Très activement. Pour Trois Sœurs, j’ai réalisé une adaptation non chronologique de la pièce de Tchékhov. Ma femme Mari Mezei a écrit les livrets de Lady Sarashina et Angels in America, qui est un montage virtuose de différentes parties de la pièce de Tony Kushner. Dans tous les cas, la version finale est toujours « ma version », dictée par la logique musicale et scénique. Pour chaque opéra, je travaille un peu comme un réalisateur, sur une période de quatre à six ans : choix du sujet, du metteur en scène, audition des chanteurs, rédaction du livret. Et souvent, je dirige moi-même la création. Dans certains cas, je compose pour la réduction au piano et je fais l´instrumentation plus tard, parfois directement pour l´orchestre ; le résultat est très différent. Après la création, j’effectue certaines corrections voire de profonds changements pour les futures productions. De mes opéras, seul Trois Sœurs a sa version finale, les autres sont toujours en travail…
 
Comment déterminez-vous la forme, les proportions et la technique musicale, qui sont très différentes dans chacun de vos opéras ?
 
P.E. : La forme est le résultat du sujet. Dans Trois Sœurs, il était plus intéressant de concentrer les situations autour d’un seul personnage. Le Balcon était possible seulement dans l´ordre original de Genet, mais avec beaucoup de coupures. Dans mon nouvel opéra, La Tragédie du diable, la première partie se situe dans le passé, la seconde dans le futur. À chaque fois, cela a une incidence sur la musique. Dans Trois Sœurs et La Tragédie, j’utilise deux orchestres – avec deux chefs – pour des raisons dramaturgiques et acoustiques. Pour Love and Other Demons, à Glyndebourne l’orchestre était dans la fosse, à Chemnitz il était sur scène, les deux sont possibles.
 
Comment envisagez-vous la collaboration avec les metteurs en scène ?
 
P.E. : Dans le passé, je croyais que ça ne marcherait pas sans moi. J´ai vu beaucoup de productions qui n´étaient pas comme je le souhaitais, même quand on avait travaillé ensemble, et d’autres très intéressantes où je n´avais jamais vu le metteur en scène. Alors, mon expérience: c´est comme la roulette russe. Quant à La Tragédie du diable à Münich, c´est la première fois que je travaille en permanence avec le metteur en scène. C´est très agréable. On verra le résultat.
 
Propos recueillis par Jean-Guillaume Lebrun


Peter Eötvös dirigera ses propres œuvres et celles de Bartók, Stravinsky et Frank Zappa à la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio France les 13 et 15 novembre dans le cadre du festival Présences. Tél. 01 56 40 15 16.

A propos de l'événement


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