Mathilde Monnier crée « Silence » à Bonlieu
Mathilde Monnier crée Silence à Bonlieu. Une [...]
Sylvain Creuzevault porte Pétrole à la scène. Inachevé, publié longtemps après la mort de l’auteur, le roman éponyme de Pier Paolo Pasolini offre au théâtre une matière hétérogène et passionnante, rebelle à tous les fascismes.
Bien que très différentes les unes des autres, les œuvres de Dostoïevski et Peter Weiss que vous avez adaptées dans le passé, et celle de Pier Paolo Pasolini à laquelle vous vous consacrez aujourd’hui, appartiennent à une même famille intellectuelle…
Sylvain Creuzevault : Tous les trois sont en effet des tenants d’un marxisme hétérodoxe. Autrement dit, ils pratiquent une relecture critique de Marx et leurs œuvres sont imprégnées par cette démarche. Moi-même, engagé dans cette voie depuis une vingtaine d’années avec ma compagnie Le Singe, je partage avec ces auteurs la même bibliothèque, enrichie bien sûr par des textes ultérieurs. Pétrole fait partie de ces références communes.
Contrairement aux œuvres dont vous vous êtes emparé jusque-là, ce roman écrit sous forme de notes ne présente en rien une forme classique… En quoi cela vous intéresse-t-il théâtralement ?
S.C. : Ce texte, en effet, ne se laisse pas aisément appréhender. C’est là une volonté de Pasolini qui a abjuré sa Trilogie de la vie réalisée en 1970. Le succès rencontré par celle-ci lui a donné à penser qu’il avait échoué dans sa critique du néo-fascisme qu’est, pour lui, la société de consommation. Avec Pétrole, forme d’autoportrait fragmentaire, Pasolini réalise une critique très radicale de son époque, avec une diversité d’écritures qui pose autant de questions au théâtre qu’à la littérature.
Cherchez-vous à transposer au théâtre l’aridité que présente Pétrole pour son lecteur ?
S.C. : C’est l’une des grandes questions que pose cette adaptation. Nous n’y répondrons qu’au terme du travail qui est loin d’être terminé à l’heure où je vous parle. Ce qui est sûr, c’est que nous suivrons la structure du livre. Dans une première partie, qui se tient en 1962 – date à laquelle Pasolini situe l’avènement de la société de consommation – nous exposons la situation : Carlo, le protagoniste central, s’apprête à entrer à l’ENI – entreprise nationale des hydrocarbures italiens. Le panneau central a lieu entre 1969 et 1972, au moment où le gouvernement italien pratique la stratégie de la tension. C’est là que Carlo se dissocie. Tandis que Carlo 1 est en pleine ascension sociale, Carlo 2 mène une quête sexuelle auprès d’hommes appartenant aux classes ouvrières. Dans le dernier mouvement de la pièce, nous en sommes à la période où le gouvernement cherche à se redonner une virginité en attribuant ses attentats à l’extrême-droite. Des formes variées se côtoieront dans notre pièce, avec certains passages proches de l’enquête journalistique, des scènes sexuelles, ou encore des contes…
Entretien réalisé par Anaïs Heluin
Tél. : 04 50 33 44 11.
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