Théâtre - Critique

Candide

Candide - Critique sortie Théâtre


Après Le Comte de Boursoufle, Zaïre, Le Café ou l’Ecossaise, Nanine ou le Préjugé vaincu, La Mort de César, Brutus et Le Fanatisme ou Mahomet le prophète, Hervé Loichemol poursuit son cheminement au sein de l’œuvre de Voltaire. En collaboration avec l’écrivain suisse Yves Laplace, le metteur en scène présente une version théâtrale de Candide, version qui n’a pas pour objet d’être une « adaptation du conte à la scène », mais une « imitation, par les moyens du théâtre, des pouvoirs romanesques et de l’ironie narrative de ce conte furieux ». Une imitation « émanant du noyau de l’œuvre-Candide » : une « sorte de Candide, théâtre ». Ainsi, investissant le plateau du Centre dramatique national de Montreuil, Hervé Loichemol tente, à travers le texte d’Yves Laplace, de « découvrir en quoi Candide aurait pu être (est ?) une pièce de théâtre ». L’intention semble mince, la démarche naïve, presque dérisoire. D’autant plus dérisoire, qu’au sortir d’une représentation qui nous ballade laborieusement dans l’œuvre de Voltaire, la seule certitude qui s’impose est que ce spectacle s’est traîné, deux heures durant, aux abords du théâtre sans jamais parvenir à pénétrer aucune de ses sphères de fulgurance, d’éclat ou de densité.      
 
Entre tréteaux, fanfares et cabaret
 
La distribution réunie par Hervé Loichemol (William Nadylam, Hubertus Biermann, Barbara Tobola, Anne Durand, Juan Antonio Crespillo et Michel Kullmann) tourne en effet en rond dans une suite de scènes sans relief qui empruntent à toutes sortes d’influences et d’esthétiques. Théâtre de tréteaux, paillettes de cabaret, flonflons de fanfares, costumes contemporains, habits XVIIIe, tentatives d’introspections, bouffonneries, mises en abyme… Un peu comme si la première idée avait toujours été la bonne, ce Candide se fourvoie dans des postures brouillonnes et sans véritable ligne directrice. On est bien loin des surabondances inspirées, des bricolages enthousiasmants qui traversent la version d’Hamlet que présente Matthias Langhoff, en ce moment même, au Théâtre de l’Odéon*. Car dans le spectacle d’Hervé Loichemol, rien ne fait réellement sens. Au centre et à l’image de cet échec, le comédien William Nadylam compose un Candide superficiel et narcissique. Un Candide dont les mésaventures nous laissent de marbre et n’éclairent en rien la pensée de Voltaire.
 
Manuel Piolat Soleymat

 
* Critique parue dans La Terrasse n° 163, décembre 2008, à l’occasion de la création du spectacle au Théâtre Dijon-Bourgogne.
 

Candide,d’Yves Laplace (texte publié aux Editions Théâtrales sous le titre Candide, théâtre), d’après l’œuvre de Voltaire ; mise en scène d’Hervé Loichemol. Du 12 novembre au 8 décembre 2009. Les lundis, vendredis et samedis à 20h30, les mardis et jeudis à 19h30. Nouveau Théâtre de Montreuil, 10, place Jean-Jaurès, 93100 Montreuil. Reprise le 12 décembre 2009, au Centre culturel des Allobroges, à Cluses ; les 15 et 16 décembre au Théâtre ABC, à Dijon.

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