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Julie Lerat-Gersant, artiste associée au Préau, compose un thriller sociologique autour des maux de notre époque, servi par une troupe homogène et talentueuse et soutenu par un beau travail technique.
1729 secondes : tel est le temps pendant lequel le SAMU a dû attendre, à cause du légalisme imbécile d’un policier obtus préférant l’ordre à la vie. Ce délai a-t-il été fatal ? Sans doute. À qui la faute si la fillette est morte ? À l’obéissance servile du fonctionnaire trop zélé ? Au père, qui n’aurait jamais dû conduire ses enfants en manif ? À la mère, qui n’aurait jamais dû laisser le père seul avec les filles ? Au frère de la mère, qui, s’il n’était pas un junkie, n’aurait pas appelé sa sœur au secours ? Aux amis des parents, qui, au lieu de trop boire, auraient dû voir que l’asthénie du père l’empêchait de considérer la charge mentale de la mère ? Aux étudiants en sociologie invitant le père à l’occupation de la MJC et le contraignant à venir en famille protester contre la traque des sans-papiers ? Julie Lerat-Gersant part du drame et en fait l’archéologie psychosociale. Dans un monde en pleine déréliction, on ne sait plus d’où vient la faute, tant les individus sont pris dans des atermoiements qui excusent en même temps qu’ils accusent. Ni rire, ni pleurer, ni détester, recommandait Spinoza, mais comprendre. Julie Lerat-Gersant adopte cette maxime mais n’aboutit pas complètement son travail heuristique, à moins d’admettre qu’il n’y a plus à comprendre et tout à subir dans une société où l’anomie rivalise avec l’obscurité des motifs.
Victoire de la forme sur le fond
Cindy Almeida de Brito, Laurianne Baudouin, Zoé Belloche, Walid Caïd, Eric Challier, Juliet Doucet, Thomas Nicolle et Thomas Germaine incarnent avec intensité et justesse ces personnages perdus dans leur propre histoire. La scénographie d’Eric Soyer et les lumières qu’il signe avec Malek Chorfi empruntent à l’esthétique qu’il a peaufinée aux côtés de Joël Pommerat. Il renouvelle, avec ce spectacle, son art de l’apparition, contribuant à un spectacle aux impeccables effets visuels. La musique de Clément Mirguet creuse cette même veine onirique. L’image et le son composent de beaux tableaux, créant un imagier soigné, sur fond duquel se déploie l’histoire qui conduit à la mort de l’enfant. On ne s’attache pas vraiment aux personnages, dont on ne sait pas grand-chose, sinon qu’ils peinent à se parler et à dire ce qui les anime vraiment, ce à quoi ils croient, ce qui les nourrit et ce qui les fait agir. Les préoccupations de notre époque (parentalité, homosexualité, justice sociale, addictions diverses et variées, etc.) sont évoquées : libre alors au spectateur de les interroger à son tour, après cet exposé esthétique et théâtral dont la forme est plus aboutie que le fond.
Catherine Robert
Tournée : le 27 janvier 2026 à 20h et le 28 à 19h au CDN de Normandie-Rouen ; du 4 au 7 février au TJP, CDN de Strasbourg (mercredi à 20h, jeudi à 14h30 et 19h, vendredi à 14h30 et 20h, samedi à 18h) ; du 10 au 12 février à La Comédie de Caen - CDN de Normandie (mardi et mercredi à 20h, jeudi à 14h) ; le 24 février, à 14h et 20h, au Gallia, scène conventionnée de Saintes ; le 9 mars à 14h à la SN61 de Flers ; le 10 mars à la SN61, à 14h et 20h d’Alençon ; le 17 mars, à 14h30 et 20h à la DSN, scène nationale de Dieppe ; en mars 2027 au TGP de Saint-Denis. Spectacle vu au Préau, CDN de Normandie-Vire. Durée : 1h30. A partir de 12 ans.
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