Théâtre - Critique

Tamara Al Saadi crée avec « Partie » un délicat, inédit et touchant spectacle sur la Grande Guerre

Tamara Al Saadi crée avec « Partie » un délicat, inédit et touchant spectacle sur la Grande Guerre - Critique sortie Théâtre Paris _THEATRE SILVIA MONFORT


Théâtre Silvia Monfort

Que n’a-t-on dit, vu, lu sur la « Grande Guerre » ? Films, romans, bandes dessinées… : les horreurs des tranchées et autres folies furieuses de ce premier conflit mondial ont  été tellement relatées qu’on se demandait quelle mouche avait piqué Tamara Al Saadi pour s’y attaquer à nouveau. De plus, dans une forme a priori pas très nouvelle non plus, celle de lettres qu’un jeune soldat parti au front adresse à sa mère. Et pourtant. L’autrice et metteuse en scène invente avec Partie une manière inédite de parler de cette guerre au théâtre (et de bien d’autres choses encore). Sur scène, une actrice, Justine Bachelet,  une bruitiste, Eleonore Mallo, et deux accessoiristes, Jennifer Montesantos et Tamara Al Saadi elle-même. Qui commence par s’adresser aux spectateurs pour leur expliquer l’utilisation à faire des petits livrets rigides de différentes couleurs qui leur ont été distribués à l’entrée. Le spectacle sera en partie interactif, parce que ce spectacle se tisse de sons, d’atmosphères, d’oiseaux qui chantent et de rues qui bruissent, mais de déclarations martiales aussi et de l’assourdissement des canons.

La sensibilité du fragile, le partage du commun

Au milieu de cette constellation sonore, un crieur : Louis, tout jeune, rêveur, pas belliqueux pour un sou, très attaché au chant des piafs et à sa maman. Ce n’est pas un guerrier, ni un pacifiste, mais un être simple, dans le monde, une figure en suspension de ce peuple qu’on présente souvent comme terre à terre. Spectacle de filles, Partie fait naturellement le choix d’une comédienne pour l’interpréter. Un geste jamais souligné qui imprègne cependant la représentation. À l’arrière, comme du papier musique d’un orgue de barbarie, une grande feuille blanche où se déroulent les moments et les lieux de la partition. On connaît la musique. Insouciance, enrôlement, horreurs du front et commandement inflexible. Mais on ne connaît pas ce ton inédit que met en place Al Saadi. Les atmosphères se créent en direct, d’un rien, d’une brosse à dent qu’on frotte ou de spectateurs qui chuchotent ou s’exclament. Un casque, un tas de terre. Et ces fictives lettres lues que Louis écrit à sa mère. Cette dernière partie du livret que la metteuse en scène demande à ne pas ouvrir avant la fin, qu’on ne peut alors pas lire parce que la voix s’étrangle de sanglots. Pas didactique et pourtant tellement instructif, traversant des choses que l’on sait, mais donnant à les ressentir autrement et à faire du théâtre une expérience de partage du commun. C’est avec cette sensibilité du fragile que Partie crée une forme si touchante, intelligente et inédite.

Eric Demey

A propos de l'événement


Partie
du mardi 2 avril 2024 au samedi 6 avril 2024
_THEATRE SILVIA MONFORT
106 rue Brancion, 75015 Paris

à 14h30 et 19h le jeudi, à 18h le samedi. Tel : 01 56 08 3 88. Spectacle vu au 104. Durée : 1h.


A lire aussi sur La Terrasse

  • Classique / Opéra - Agenda

Célia Oneto Bensaïd, Alexandre Pascal, Léa Hennino, Héloïse Luzzati

Quatre musiciens investis dans la [...]

Le mardi 2 avril 2024
  • Théâtre - Entretien

Isabelle Lafon revient à La Colline avec « Cavalières » : une création éminemment personnelle

Familière de La Colline, Isabelle Lafon y [...]

Du mardi 5 mars 2024 au 31 mars 2024
  • Danse - Gros Plan

Une écologie collective et participative avec un Chaillot Expérience #7 sur l’anthropocène

Parce que la réflexion sur les enjeux [...]

Du vendredi 29 mars 2024 au 30 mars 2024