Théâtre - Critique

Hot House

Après un Macbett de Ionesco très remarqué, Jérémie Le Louët monte une pièce de jeunesse de Pinter. Une mise en scène déjà très maîtrisée qui distille tout le malaise de cette satire du pouvoir, entre comique et cruauté.

Il y a toujours chez les personnages de Pinter l’ombre d’une vague énigme qui résiste à la lumière, une inquiétude, ou un trouble doublé d’obscurs motifs. Sans doute quelques secrets sournoisement embusqués sous la cordiale entente des faux-semblants. Le soupçon d’une blessure innommable, le présage d’un abject dessein. D’eux, nous ne saurons jamais vraiment les raisons. Rien n’est jamais sûr, sauf la cruauté et l’impénétrable remuement des profondeurs. Hot house, pièce écrite en 1958 mais tenue à l’écart de la scène jusqu’en 1980, rassemble quelques spécimens de la meilleure espèce. Retranchés derrière les murs épais d’une maison de repos infiltrée par la bureaucratie (à moins qu’il s’agisse d’un hôpital ou d’une prison ?), Roote – un genre d’ex-colonel pompeux – tient le poste de directeur, épaulé du sinistre placide Gibbs, de l’intriguant alcoolique Lush et de sa maîtresse Miss Cutts. En ce jour de Noël, tandis que les patients (dissidents ?) restent verrouillés sous leur matricule, invisibles aux regards, ce quatuor joue en sous-mains le dernier acte d’une lutte sauvage pour le pouvoir.
 
Un jeu aux lisières du fantastique
 
Après un Macbett de Ionesco allègrement dévastateur, la compagnie Dramaticules s’empare avec une énergique fermeté de Hot house, « serre » explosive où macèrent les plus féroces ambitions, aiguisées par la paranoïa, le sadomasochisme, la schizophrénie et autres vanités. Jérémie Le Louët tire la satire vers un univers miné par l’absurde, dans l’entre-deux du réel et du fantastique. Echappés de quelques sombres recoins, les personnages surgissent tels des fantômes, à la fois concrets et insaisissables, évidents et hermétiques. Le jeu, mené par une troupe très homogène (peut-être encore trop sous influence du phrasé, si typique, de Michel Fau dont elle suivit la classe), manie les stéréotypes pour mieux les ébranler de l’intérieur. La mise en scène, déjà d’une belle maîtrise, distille tout le malaise et le terrifiant comique de cette critique implacable sur les criminelles gesticulations du pouvoir. « J’arrête d’écrire pour le théâtre afin de me consacrer à la poésie et à la politique. J’entends consacrer mon énergie tout particulièrement à la politique actuelle, qui me semble avoir aujourd’hui des conséquences très préoccupantes. » déclarait Harold Pinter sur la BBC en février 2005, quelques mois avant d’être auréolé du Prix Nobel de littérature. Son théâtre reste pourtant une arme redoutable…
 
Gwénola David


Hot House, d’Harold Pinter, mise en scène de Jérémie Le Louët. Durée 1h45. Spectacle vu au Théâtre de Cachan. Texte publié aux éditions de L’Arche. Le 15 janvier 2008 aux ATP de Poitiers, Le 18 janvier 2008 à l’espace Jean Vilar à Arcueil, le 19 janvier à l’espace Saint Exupéry à Franconville, le 25 janvier au théâtre Le Nickel à Rambouillet, le 31 janvier au centre culturel René Char à Digne-les-Bains, les 08 et 09 février au théâtre Brétigny à Brétigny-sur-Orge, les 27 et 28 mars à l’espace André Malraux au Kremlin-Bicêtre, le 29 mars à l’Arc-en-ciel théâtre de Rungis.

A propos de l'événement



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