La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -274-Ciné~concert de Fritz Lang par Pascal Gallois

Pascal Gallois souhaite réinstaller la culture comme grand sujet européen

Pascal Gallois souhaite réinstaller la culture comme grand sujet européen - Critique sortie Cinéma Paris Forum des images. Forum des Halles.
© Philippe Gontier

Entretien

Publié le 19 février 2019 - N° 274

Bassoniste mondialement respecté associé à la création de nombreuses partitions contemporaines de référence (Berio, Boulez, Kurtag, etc.), ex-soliste de l’Ensemble Intercontemporain, Pascal Gallois est aussi chef d’orchestre et pédagogue. Il dirige le Conservatoire Mozart à Paris situé au Forum des Halles et le Festival « Les Musicales de Quiberon ». Musicien et citoyen, il souhaite réinstaller la culture comme grand sujet européen.

Quel sens souhaitez-vous donner à cet événement ?

Pascal Gallois : En mai 2019 les élections européennes dessineront la nouvelle géographie politique de notre continent. L’identité a toujours au cœur les passions des peuples qui font l’Europe, pour de bonnes et mauvaises raisons. L’identité invisible, qui donne à l’Europe sa richesse infinie, c’est bien évidemment la culture. La culture est le sens, le liant, le commun aux européens depuis des siècles. La philosophie, la littérature, les arts plastiques, le théâtre, l’opéra, le cinéma, la musique… Européens, ils l’étaient bien avant le marché commun et la Champions League : Lully, Bach, Vivaldi, Beethoven, Chopin, Liszt, Mozart, Berlioz, Berg, Schoenberg et bien d’autres. Vienne, Munich, Versailles, Paris, Londres, Amsterdam, Bruxelles, Venise… les ont accueillis. Aujourd’hui Olga Neuwirth, Salvatore Sciarrino, Raphael Cendo, Isabel Mundry, Luis de Pablo, George Benjamin, Pascal Dusapin… perpétuent l’histoire infinie de la musique européenne. Pourquoi devrions-nous les exclure de cette géographie politique, et donc culturelle, de l’Europe de demain ? Ecoutons-les, découvrons leurs parcours, leurs influences. Ils composent la musique européenne d’aujourd’hui, de demain, et pour l’éternité. Pour participer à cette réflexion, je propose deux événements en mars et mai. Le premier sera consacré à la rencontre entre Fritz Lang et le compositeur Michael Obst.

« L’identité invisible, qui donne à l’Europe sa richesse infinie, c’est bien évidemment la culture. »

Pourquoi ce choix ?

Pascal Gallois :  J’ai choisi ce film parce qu’il illustre bien l’Europe culturelle. D’une part la biographie personnelle de Fritz Lang, austro-hongrois puis allemand, né de mère juive et qui deviendra catholique. Il vivra à Vienne, Munich, Bruges, Berlin, Paris et Saint-Germain-en Laye, où il intègre l’atelier de Maurice Denis. D’autre part, l’histoire personnelle de Michael Obst est tout aussi marquée par l’Europe : né en 1955 à Francfort, il enseigne la composition à Weimar après avoir séjourné à Cologne, fondé l’Ensemble Modern et travaillé avec Stockhausen. Il passe par Gand, Stockholm, Bourges et Paris, avec l’IRCAM, où il compose la musique du film de Fritz Lang. L’Ensemble Intercontemporain créé par Boulez à Paris a été le modèle de l’Ensemble Modern en Allemagne, de même que l’IRCAM a suscité la venue de nombreux compositeurs allemands à Paris. Fantômas de Louis Feuillade en France a exercé une influence sur le personnage du Dr Mabuse de Fritz Lang en Allemagne. Tous ces échanges artistiques et culturels européens, notamment entre la France et l’Allemagne, m’ont guidé dans le choix de ce premier volet de ciné-concerts.

Quelle est cette partition que vous allez diriger ? Pourquoi avez-vous choisi d’inviter l’ensemble Tempus Konnex ?

Pascal Gallois : La partition, que j’ai eu la chance de créer en 1993 en tant qu’interprète, était une commande du Festival d’Automne pour l’Ensemble Intercontemporain et l’IRCAM. L’ensemble de musiciens jouera sous ma direction, nous dialoguerons avec le film de Fritz Lang et également avec des sons électro-acoustiques que je déclencherai tout en dirigeant. L’ensemble Tempus Konnex est un jeune ensemble de Leipzig, créé en 2014, réunissant des musiciens mais aussi des créateurs d’autres horizons tous engagés pour la musique de notre temps. Et puis Leipzig, ville de Jean-Sébastien Bach, est aussi la cité culturelle où, en 1989, le mouvement de transition démocratique du peuple de la RDA, et la mobilisation des musiciens autour de Kurt Masur, alors à la tête du Gewandhaus, ont été à l’origine de la réunification.

Cet événement prendra place au Forum des Images.

Pascal Gallois : Le Forum des Images situé sous la Canopée et le jardin des Halles est un lieu vivant, jeune, actuellement en pleine mutation. La grande salle de cet équipement comporte une excellente acoustique grâce à la disposition des gradins comme dans un Théâtre grec antique, et une visibilité parfaite pour tous les spectateurs.

Cette initiative originale est proposée par le Festival « Les Musicales de Quiberon », pour quelle raison ?

Pascal Gallois : En 2015, j’ai fondé ce Festival dont l’ADN est de présenter au public la relation des grands classiques avec les contemporains. Nous sommes actuellement dans notre 5ème année et nous avions à cœur de partager à Paris cette relation entre tradition et modernité, pour l’étendre au cinéma, à la musique et à l’Europe.

Propos recueillis par Jean Lukas

A propos de l'événement

Pascal Gallois souhaite réinstaller la culture comme grand sujet européen
du Mercredi 20 mars 2019 au Mercredi 20 mars 2019
Forum des images. Forum des Halles.
2, rue du cinéma, 75001 Paris.

à 20h.


Tél. : 01 44 76 63 00. Places : 8 à 12€.


Réservation sur place et  www.forumdesimages.fr


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