Focus -340-Le groupe Kolinga, sous la houlette de Rebecca M’Boungou : quand l’âme se raconte
Le groupe Kolinga, sous la houlette de Rebecca M’Boungou : quand l’âme se raconte
Artiste Génération Spedidam, le groupe Kolinga est un sextet qui se nourrit de musiques africaines et contemporaines. À sa tête, Rebecca M’Boungou, qui irradie par sa présence. Cœur meurtri mais capable de joie, elle délivre toutes les nuances de son âme, résonnant avec son public de façon intime et chaleureuse.
À la fois chanteuse, musicienne et compositrice, Rebecca M’Boungou ressent le besoin de s’impliquer totalement dans son art, car elle perçoit la création de manière globale. Elle réalise également ses clips, joue un peu de guitare et de piano pour composer, sans prétendre pour autant être instrumentiste. Pour commencer, elle nous explique la genèse de « Te laisser partir », chanson cathartique. « J’ai porté un enfant que j’ai perdu et je me projette très vite, par visualisation, par image, intensément. Ça a été très douloureux. On n’est pas préparé à ça et c’est un tabou dans notre société. J’ai eu besoin de m’isoler pour écrire cette chanson. La culpabilité de la mère est là, il fallait que j’offre cette composition au monde, c’était militant. Dans ma famille, ça a fait bouger quelques lignes et j’ai eu des témoignages réconfortants autour de moi. C’est la chanson la plus nécessaire que j’ai écrite » nous confie-t-elle. Rebecca a été nourrie de toutes les musiques et considère que les mots sont limités, car souvent la mélodie parle d’elle-même et porte des images. Sur « Mister Unknown », l’un de ses premiers titres, elle parle d’un père qui n’était pas présent, qui entretenait des postures, conditionné par le patriarcat. Musicien reconnu du nom d’Angelou Chevauchet, il a connu en France l’exil et le déclin. Rebecca a voulu réaliser le rêve de son père, avec qui elle est désormais en bonne relation, lui montrant que l’on pouvait vivre de son art. C’est sa mère française qui l’a élevée et lui a enseigné pendant des années la danse congolaise, à Bayonne. Grâce à elle, Rebecca a pu se connecter avec la culture africaine et voyager. Son histoire familiale remonte à l’esclavage. Cette prise de conscience lui a permis de mettre à distance les démons du passé qui hantent le Congo depuis des siècles. Dans « Les fantômes », elle parle d’inconscient et de refoulement, individuel ou collectif. « On est toujours très fort pour collectivement ne pas parler des choses qui dérangent » dit-elle. Elle met son tumulte intérieur en musique, une démarche qui lui permet d’organiser son chaos, d’y mettre des mots. Pour elle, c’est l’expression d’un bouillonnement qu’elle ressent depuis l’enfance.
Tumulte intérieur et partage sensible
Elle chante aussi ses joies car « la musique est très lumineuse au Congo même si elle évoque des sujets difficiles ». Rebecca chante en plusieurs langues. L’anglais lui est venu en premier parce qu’elle a été abreuvée de culture musicale anglophone. Faire sonner la langue française est plus complexe. Quant au lingala, elle ne l’a pas appris mais fait traduire ses textes. Petite, elle a écouté beaucoup de RnB. Elle connaît peu la chanson française et a aimé le jazz contemporain. Elle apprécie Patrick Watson, son état d’esprit et sa manière de transmettre des émotions subtiles. Quant à Stevie Wonder, elle aime la lumière dans sa voix, sa générosité et sa ferveur. Elle a découvert Gael Faye avec « Pili pili sur un croissant au beurre », son premier album solo. « J’ai adoré les mots qu’ils posaient sur le fait d’être métisse. Je me suis senti en connexion proche, très rapidement. Malgré lui, il m’a reconnecté avec la langue française. Sur mon morceau « Congo », il a écrit un couplet. Mon groupe a fait des premières parties pour lui, à l’Olympia notamment. » ajoute-t-elle. En 2013, elle rencontre Arnaud Estor et aime d’emblée son jeu de guitare. Ils ont formé un duo pendant cinq ans. Puis elle a eu envie d’avoir d’autres musiciens, pour trouver un son plus organique : Jérôme Martineau Ricotti à la batterie, Jérémie Poirier Quinot à la flûte traversière, au clavier et au chant – il a joué dans Magma et a aussi créé son propre groupe : le « Old School Funky Family » -, Johary Rakotondramasy à la basse, Joël Riffard à la guitare et Vianney Desplantes à l’euphonium et au chant. « Je partage les mêmes valeurs que mes musiciens. L’humanité. On a quelque chose de rare, on transmet avec notre cœur. Kolinga veut dire « Lier ». Ça me donne beaucoup d’espoir sur ce que nous pouvons créer comme humain. La scène est un vrai moment de partage, très fort, très intime » conclut-elle.
Philippe Deneuve
A propos de l'événement
Le groupe KolingaProchains concerts :
19.03.2026 Onex (CH) Voix de Fête.
20.03.2026 Épinal (88) La Souris Verte
21.03.2026 Grenoble (38) Détours De Babel
