Théâtre - Critique

Vera

Karin Viard © Tristan-Jeanne-Valès

Théâtre de Paris / de Petr Zelenka / mes Élise Vigier et Marcial Di Fonzo Bo

Une comédie cruelle et cocasse sur l’ascension et la chute d’une directrice d’agence de casting interprétée par la fabuleuse Karine Viard.

Qui est la plus cruelle ? Vera, directrice d’une agence de casting obnubilée par sa réussite professionnelle, identifiant sans sourciller une de ses actrices à la morgue, manipulant les êtres et l’argent avec un égal cynisme ? Ou notre société libérale mondialisée qui défait les carrières encore plus vite qu’elle les a hissées au sommet, accorde gloire et argent à une pseudo-actrice qui médiatise son cancer, et interdit l’intimité jusque dans une cabine d’ascenseur ? Le regard de l’auteur tchèque Petr Zelenka, né en 1967, est d’autant plus corrosif que son pays a vécu le passage du communisme au libéralisme à tout va. Le personnage de Vera, qui, d’ascension en dégringolade sociale, sera même tentée par le suicide, n’est au fond que le pur produit du système néolibéral dont elle était un maillon magnifique. Pour l’interpréter dans toute son amplitude, il fallait une actrice de taille. Karin Viard, parfaite, confirme qu’elle est une des plus douées de sa génération. Pendant plus de deux heures, elle tient la pièce de bout en bout, apportant à son personnage vitalité, assurance, cynisme, drôlerie, et, en définitive, humanité. Là est le tour de force : rendre attachant ce personnage apparemment odieux, lui accorder, contre toute attente, des circonstances atténuantes.

Rythme rapide et style cinématographique

Autour d’elle, la distribution est à l’avenant. Cinq acteurs, Héléna Noguerra, Lou Valentini, Rodolfo de Souza, Pierre Maillet et Marcial di Fonzo Bo, endossent une vingtaine de rôles, conformément aux intentions de Petr Zelenka. Si l’on regrette certaines facilités, comme l’accent anglais guère crédible ni nécessaire des repreneurs de l’agence de casting, tous jouent leur partition avec vivacité et fantaisie, en particulier Pierre Maillet, irrésistible en directrice d’un centre d’art thérapie. La mise en scène d’Elise Vigier et Marcial Di Fonzo Bo flirte constamment – et à dessein – entre réalisme et fantastique avec des scènes franchement cocasses (comme le tournage d’une publicité pour une sauce épicée). Présent dès la première scène, construite comme un générique de film, le style cinématographique se signale notamment par l’utilisation de la vidéo. Si elle est presque omniprésente, elle constitue véritablement un plus, permettant de saisir une intimité supplémentaire des personnages, de travailler sur l’ellipse ou de croiser des histoires. L’insertion de séquences d’archives montrant Karin Viard enfant – couettes blondes et sourire craquant – lors d’anniversaires ou de vacances d’été, contribue à troubler le spectateur : il en faut peu, au fond, pour que la vie prenne des chemins plus ou moins condamnables.

 

Isabelle Stibbe

A propos de l'événement

Vera
du Mardi 13 mars 2018 au Dimanche 13 mai 2018
Théâtre de Paris
15 rue Blanche, 75009 Paris.

À partir du 13 mars 2018. Du mardi au samedi à 20h30. Les dimanches à 15h30. Tél. : 01 48 74 25 37. Places : 19 à 49 €.


Mots-clefs :, , , ,

A lire aussi sur La Terrasse

Théâtre - Gros Plan

Agatha

Bertrand Marcos met en scène Pauline Deshons [...]

Agatha : En savoir plus

Recevez le meilleur
du spectacle vivant

Abonnez-vous gratuitement à notre newsletter pour recevoir chaque semaine dans votre boîte email le meilleur du spectacle vivant : critique, agenda, dossier, entretien, Théâtre, Danse, Musiques... séléctionné par la rédaction