Classique / Opéra - Entretien / Christophe Desjardins

PRESENCES 2015 / STUDIO 104 / RADIO-FRANCE LES DEUX AMERIQUES Du 6 au 21 février, le nouvel auditorium de Radio France accueille le plus important festival parisien dédié à la musique contemporaine. Quatorze concerts sont au programme pour dresser le portrait musical contrasté et souvent haut en couleurs des deux Amériques. Douze commandes du festival et dix-sept créations mondiales ponctuent une programmation qui met à l’affiche, aux côtés de jeunes plumes encore peu connues, de nombreuses références américaines, de John Adams à John Cage, de Charles Ives à Steve Reich. Amérique du Nord / Mexique

Un altiste en son jardin

Publié le 27 janvier 2015 - N° 229

Longtemps associé à l’Ensemble Intercontemporain, l’altiste Christophe Desjardins est l’un des solistes les plus engagés dans la défense et l’enrichissement du répertoire contemporain d’un instrument trop rarement mis à l’honneur. Accompagné par l’Ensemble Orchestral Contemporain dirigé par Daniel Kawka, il joue en création mondiale Desjardins/Des Près, un concerto pour alto et orchestre du mexicain Hebert Vazquez (né en 1963), avec au même programme Son of Chamber Symphony de John Adams.

photo © Hadrien Lanoote
photo © Hadrien Lanoote

Comment avez-vous croisé la route de Hebert Vazquez ?

Christophe Desjardins : Notre rencontre est liée à des circonstances tout à fait dramatiques. L’altiste mexicain Omar Hernandez-Hidalgo, certainement le meilleur altiste de son pays, et par ailleurs très actif dans le champ de la musique contemporaine, lui avait commandé pour son trio flûte, alto et guitare, un triple concerto. En juin 2010, Omar a été kidnappé et assassiné à Tijuana, dans des circonstances toujours non élucidées. Cela a été un choc pour toute la communauté musicale du pays. Et une perte immense. Le triple concerto était écrit, et fut programmé. Omar était venu plusieurs fois étudier avec moi, nous venions d’ailleurs de créer ensemble au festival Cervantino le duo d’altos de Gérard Pesson, Paraphernalia, qu’il avait commandé. Ses amis m’ont demandé si j’accepterais d’assurer la création de l’œuvre à Mexico. Je l’ai bien évidemment fait, en juin 2011, avec une très grande émotion. Quelque temps après, Hebert Vazquez a reçu une commande de son pays, et m’a proposé d’écrire ce concerto pour alto.

« Un très grand nombre de compositeurs vouent une tendresse particulière à l’alto ! »

Parlez-nous de cette partition, de cette musique qu’Hebert Vazquez a composé pour vous et qui porte en partie votre nom ? 

Christophe Desjardins : Il est vrai que le titre Desjardins/Des Près m’a beaucoup amusé quand je l’ai découvert ! Il fait référence à Josquin Des Près, dont une citation parcours un des deux mouvements du concerto, en de petits refrains. Je ne sais pas encore si ce concerto sonnera de manière « champêtre » mais en tous cas je lui trouve un côté très rafraichissant, avec une belle énergie de la partie soliste, souvent assez swinguante. C’est d’ailleurs une partie très virtuose, qui dialogue tantôt avec le bloc des quinze instruments, tantôt avec de petits sous-groupes instrumentaux. L’alto de l’ensemble tient un rôle tout particulier, agissant par moment en véritable double du soliste. Le tout a indéniablement un côté festif et dansant.

L’alto reste-t-il un instrument mal aimé ? Comment évolue la perception de l’instrument par les compositeurs ?

Christophe Desjardins : Mais il n’a jamais été mal aimé ! Ce serait même plutôt le contraire si l’on pense que Bach, Mozart et Beethoven en jouait… Seulement il n’était pas vu comme un instrument soliste, pour des raisons qui tiennent autant à ses caractéristiques organologiques – les grands altos sonnaient magnifiquement mais se prêtaient peu à la virtuosité -, qu’à sa situation dans la famille des cordes – c’était avant tout l’instrument des voix médianes. Son émancipation est arrivée au XXème siècle, par l’effet conjugué de la création de classes d’alto dans les conservatoires supérieurs et l’émergence de virtuoses de l’instrument. Aujourd’hui c’est un instrument très prisé, et d’ailleurs un très grand nombre de compositeurs vouent une tendresse particulière à l’alto ! Ce qui pêche encore serait plutôt du côté des institutions, toujours réticentes à « programmer de l’alto ». Même à l’Ensemble Intercontemporain, j’ai pu constater la même frilosité. Les institutions n’échappent pas au conformisme, et parfois à une forme de sclérose. En outre, le star-system bloque encore plus la mécanique de création. Les grandes salles veulent des « noms », mais ces noms du haut de l’affiche n’ont le plus souvent aucune envie de se coltiner des créations qui demandent beaucoup plus de travail que le répertoire traditionnel, pour beaucoup moins de retour. C’est particulièrement français. Et je joue d’ailleurs bien plus souvent à l’étranger.

 

Propos recueillis par Jean Lukas.

A propos de l’évènement
Christophe Desjardins
du 20 février 2015 au 20 février 2015
Maison de Radio France
116 Avenue du Président Kennedy, 75016 Paris, France

Vendredi 20 février à 20 h au Studio 104. Tél. 01 56 40 15 16. Places : 10 € (gratuit pour les moins de 28 ans).


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