Théâtre - Critique

Traviata

Traviata, vous méritez un avenir meilleur aux Bouffes du Nord. © Pascal Victor / Artcomart

Reprise / Les Bouffes du Nord / d’après l’opéra de Verdi / mes Benjamin Lazar

Reprise de Traviata, vous méritez un avenir meilleur, qui renouvelle avec une joyeuse liberté l’opéra de Verdi. Dans le rôle de Violetta, Judith Chemla impressionne.  

Dans le lieu mythique des Bouffes du Nord, où s’élaborent dorénavant de nouvelles formes croisant théâtre, musique et opéra, on avait découvert il y a deux saisons un stupéfiant Crocodile trompeur d’après Didon et Enée de Purcell. Une œuvre opératique largement remaniée où œuvraient déjà Florent Hubert et Judith Chemla. On les retrouve, avec Benjamin Lazar, à la conception de cette Traviata, vous méritez un avenir meilleur. L’actrice, qui a également suivi une formation lyrique, coupait le souffle quand elle exprimait la douleur de l’épouse délaissée. Ici, elle tient tout aussi brillamment le rôle de Violetta, cette traviata, littéralement ‘’dévoyée’’, qui après une vie libertine tombe éperdument amoureuse d’Alfredo. Rattrapée par son passé et sa réputation, payant sa mauvaise vie, elle est contrainte de quitter son amant et succombe à une tuberculose qui l’asphyxie dès lors qu’elle n’est plus remplie par le souffle de l’amour. Inspiré de La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas, La Traviata est une œuvre qui renvoie à l’histoire de la courtisane Marie Duplessis et trouve son origine dans l’adaptation théâtrale du roman qui donna à Verdi l’idée d’en faire un opéra. Juste retour des choses, donc, si cette version mélange les genres.

Judith Chemla nous laisse ébahis…

Benjamin Lazar a mis en scène les cinq chanteurs et huit instrumentistes de la troupe en traversant joyeusement les codes. Tous évoluent ensemble sur scène – pas de fosse pour les musiciens –, chacun devenant à son tour comédien. Pour faire avancer l’histoire, partitions chantées et parlées alternent, s’entrecoupent parfois, les personnages se répondent et les dialogues se superposent. Les passages en français se mélangent à ceux en italien, surtitrés ou non, Christophe Tarkos mêle sa poésie au livret de Francesco Maria Piave et la drogue version pilules chimiques se fond dans les concoctions d’absinthe façon 19ème. On l’aura compris, cette Traviata aborde l’opéra avec une grande liberté de ton sans pour autant le maltraiter. Car dans une atmosphère où la fête et le plaisir côtoient de près la mort, où la vie est aussi fragile que ces fleurs belles et vénéneuses comme des femmes, la beauté des tableaux scéniques n’a rien à envier à celle d’une musique qui tourne le dos au ronflant opératique, passe par le jazz et de discrets accents de musette parisienne, sans renoncer à exprimer la puissance émotionnelle des partitions de Verdi. Dans cet univers baroque, le grand corps d’oiseau de Judith Chemla, les variations de son jeu, les métamorphoses de sa voix, sa blancheur maladive, ses yeux noirs tour à tour tristes, brillants, naïfs, perdus, et ses airs de petite fille qui sait se faire grande dame, laissent encore une fois ébahi.

Eric Demey

A propos de l'événement

Traviata
du Mercredi 6 septembre 2017 au Samedi 30 septembre 2017
Théâtre des Bouffes du Nord
37 Boulevard de la Chapelle, 75010 Paris, France

Les 6, 8, 13, 15, 18, 20, 22, 26, 28, 30 septembre à 20H30. Tél :01 46 07 34 50. Durée : 2h.


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