Avignon - Entretien / Alain Timár

Tous contre tous

Crédit photo : David Mignerat Légende : Alain Timár

Théâtre des Halles / d’Arthur Adamov / mes Alain Timár

Dans le cadre de l’année France-Corée 2015-2016, le directeur du Théâtre des Halles met en scène Tous contre tous*, d’Arthur Adamov, en collaboration avec l’Université nationale des Arts de Corée. Entre théâtre, musique et danse, un spectacle qui interroge le « vivre ensemble ».

Pour ce festival 2016, vous avez placé la programmation du Théâtre des Halles sous le signe de l’humanisme. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce choix ?

Alain Timár : J’ai souhaité porter un éclairage sur des projets touchant à l’individu, le questionnant sur sa complexité et sa solitude, ses joies et ses malheurs. Depuis quelque temps, la valeur humaine est remise en cause, son importance est dévalorisée, voire niée. Il m’a semblé plus que nécessaire de réinterroger le spectateur sur la valeur fondamentale du « vivre ensemble ».

Se dessine également l’idée de compagnonnage… Que représente, pour vous, la notion de complicité artistique ? 

A. T. : Nous avons construit, avec le Théâtre des Halles, un « bel outil »… Il me paraît nécessaire et utile de le mettre au service des artistes et du public. Bâtir, inventer, rêver, découvrir, accompagner, soutenir, faire ensemble, voilà des verbes que nous voulons transformer en actes. Ce qui revient à aider et faire connaître des équipes artistiques, des collectifs, à travers des formes nouvelles, des écritures qui interrogent notre société… Mais ce qui revient aussi à retrouver des artistes dont j’aime la démarche et le travail. Le théâtre, c’est aussi la fidélité !

Finalement, comment pourriez-vous définir l’identité du Théâtre des Halles ?

A. T. : C’est un lieu d’histoire, de modernité, d’aventure artistique et de création. Un lieu d’histoire parce que le Théâtre des Halles est installé dans l’ancien Cloître Sainte-Claire, couvent créé au XIIIème siècle par les sœurs Clarisses. Un lieu de modernité car je veux rester le témoin de la création contemporaine et en faciliter la transmission. Le Théâtre des Halles est un théâtre à l’écoute de son époque, où la parole de l’auteur, du poète résonne. Un théâtre ouvert à tous, où chacun peut s’étonner et s’émouvoir.

« En 1952, Arthur Adamov interrogeait déjà (…) la valeur de l’être humain face à une société déshumanisée. »

Pour en venir à Tous contre tous, qu’est-ce qui a été décisif dans votre envie de mettre en scène cette pièce ? 

A. T. : Les interrogations posées sur le thème de l’autre, de l’étranger, de la violence, de la place de chacun dans notre société… Toutes ces questions sont d’une telle actualité ! En 1952, Arthur Adamov interrogeait déjà le « vivre ensemble » et la valeur de l’être humain face à une société déshumanisée.

Quels sont les principaux enjeux de votre mise en scène ?

A. T. : J’ai abordé l’œuvre avec une double volonté. D’une part, raconter le parcours tourmenté de personnages traversés par une histoire qui les aspire et les dépasse. D’autre part, inclure ce travail théâtral dans une approche musicale et chorégraphique. Je situe l’action dans un pays imaginaire où sévissent des crises économiques et politiques à répétitions : chômage endémique, misère sociale entraînant des troubles, des révoltes, une haine à l’encontre de réfugiés qui focalisent toutes les frustrations, toute la férocité dont est capable l’humain. C’est dans ce climat violent qu’évoluent, ou plutôt se confrontent, les personnages. Ils rêvent d’un ailleurs hypothétique et retombent immanquablement dans une réalité brutale. Evidemment, la question de l’identité traverse le spectacle.

Vous avez déclaré vouloir faire naître sur scène une forme de « réalisme poétique et symbolique ». Qu’entendez-vous par là ?

A. T. : La mise en scène témoigne d’une relation quasi naturelle entre les divers éléments du spectacle. Dans ce que je dénomme « réalisme poétique et symbolique», l’écriture ou le texte, la gestuelle des acteurs, la musique, la scénographie font partie intégrante d’une même partition. Un geste ou un regard parlent, une parole danse, une note de musique peut exprimer un sentiment, un objet peut devenir partenaire ou personnage : chaque élément s’inscrit dans une approche globale. Mon rôle consiste à diriger l’ensemble un peu comme une symphonie. De la mise en scène à la mise en matière, du jeu avec les corps et les paroles au jeu avec les formes, les couleurs, la musique et le silence, une continuité peut exister, et engendrer une unité.

 

* Spectacle en coréen surtitré en français

 

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

Tous contre tous
du Mercredi 6 juillet 2016 au Mercredi 27 juillet 2016
Avignon Off. Théâtre des Halles
Rue du Roi René, 84000 Avignon, France

Salle du Chapitre


à 11h. Relâche les lundis 11, 18 et 25. Tél. : 04 32 76 24 51.


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