Crédit : Toshihiro Shimizu
Légende : Séance de motivation collective à la japonaise
Critique /
Tori no tobu takasa
L’écrivain Oriza Hirata transpose dans le Japon d’aujourd’hui Par-dessus bord, pièce fleuve de Michel Vinaver sur l’irruption du capitalisme moderne dans la France des années 60. Un « théâtre-fusion » bien fade...
« Chaque fois que (…) l’on me montre le chemin des lieux d’aisance construits à la manière de jadis, semi-obscurs et pourtant d’une propreté méticuleuse, je ressens intensément la qualité rare de l’architecture japonaise. (…) Voilà qui est conçu véritablement pour la paix de l’esprit. » confiait l’écrivain Junichiro Tanizaki dans son bel Eloge de l’ombre. Nichée en creux de cette conception d’un lieu si intime, qui tranche net avec la tapageuse blancheur occidentale, quelque chose de l’irréductible écart entre deux civilisations filtre sans doute… Le sujet pourrait bien se trouver au cœur de Tori no tobu takasa d’Oriza Hirata - soit en en Français « La hauteur à laquelle volent les oiseaux », mais décliné sur le ton marketing. Transposant Par-dessus bord, pièce fleuve de Michel Vinaver sur l’irruption du capitalisme moderne dans la France des années 60, l’auteur japonais brode à gros points sur une trame collée au Japon d’aujourd’hui : l’usine de papier toilette Ravoire et Dehaze menacé par la concurrence américaine devient ainsi un fabriquant de sièges toilettes automatisés (avec des jets d’eau réglables et des sécheurs incorporés) confronté à la compétition des cuvettes françaises Leblanc.
 
Indigeste saga
 
L’entreprise, les hiérarchies obséquieuses, les rapports de force, les jalousies intrigantes, le passage du paternalisme débonnaire aux froides pratiques managériales, le triomphe du cynique marketing, la financiarisation de l’économie mondiale, les séances de brainstorming et les réunions de motivations collectives … Tous les thèmes et l’intrigue se retrouvent en condensé dans la version japonaise, y compris la figure de l’auteur livrant ses commentaires. Cependant, du risible pamphlet que portait l’original, certes lesté de fortes longueurs et constats de nos jours surannés, ne reste qu’une laborieuse saga, confuse, rebattue et démonstrative. Même le décalage entre le sérieux du sujet, qui évoque le chômage, la pression des conditions de travail, l’arrivisme rayonnant, et le dérisoire de l'objet - le WC high-tech - n’arrache que de maigres sourires. D’autant que le jeu des comédiens, fort disparate, tire vers la caricature et que la mise en scène appliquée d’Arnaud Meunier semble courir après le texte. La genèse du projet lui revient pourtant. En 2006, il avait créé La demande d’emploi de Michel Vinaver dans le théâtre d’Oriza Hirata à Tokyo, et monté en France Gens de Séoul, pièce du dramaturge japonais. D’où l’idée d’« inventer ce « théâtre-fusion ». Mais rien à faire… on n’arrive pas à avaler cette indigeste soupe.
 
Gwénola David
Tori no tobu takasa, d’Oriza Hirata d’après Michel Vinaver, mise en scène d’Arnaud Meunier, du 15 au 20 février 2010 à 20h30, matinée à 15h le 20 février, au Théâtre des Abbesses, 31 rue des Abbesses, 75018 Paris. Rens. 01 42 74 22 77 et www.theatredelaville-paris.com. Spectacle en Japonais et en Français, sous-titré. Texte publié aux éditions de L’Arche. Durée : 2h25.


Vos Ractions (Il y a 5 réaction sur cet article)
loulou la soupe était trop bonne !
J'ai pour ma part beaucoup apprécié ce spectacle. Contrairement à ce qui est dit dans cet article, la salle semblait, le soir de ma venue, se réjouir et apprécier grandement l'intrigue de ce spectacle aussi étonnant que troublant, tant par l'actualité de la pièce et sa façon de traiter du "capitalisme", que par l'habilité de la mise en scène, mais aussi la confrontation inhabituelle des comédiens japonais et français ! Un spectacle, selon moi, à voir absolument !
mercredi 03 février - 00:21

Fandetheatre Un spectacle formidable !
Je suis très étonné par cette critique outrancière qui semble méconnaître l'oeuvre original de Vinaver ! J'ai vu ce spectacle la semaine dernière au Blanc-Mesnil et j'ai trouvé cette version japonaise tout à fait saisissante et étonnante. Loin de toute caricature et à l'image de la mythologie japonaise qui nous est racontée pendant le spectacle, il n'y a pas de manicheisme dans cette pièce, le bien ne s'oppose pas au mal et on est constamment pris à contre-pied avec humour et poésie. L'énergie de cette troupe franco-japonaise est splendide et généreuse et j'y ai retrouvé toute la finesse de cet auteur japonais que j'avais déjà eu la chance de découvrir la saison dernière. Courrez y vite !
mercredi 03 février - 00:56

Gabriel Genial
Je ne sais pas pourquoi votre critique s attaque si violement a ce spectacle plein d' invention d'énergie et d' humour. Je comprends qu une critique ne puisse pas aimer mais soupe indigeste n' honore votre plume. Vous n'avez peut être pas rit mais moi oui.ce qui m étonne c'est que vous n avez pas entendu les rires du public. Certainement vous n'avez pas entendu le texte vu la résume très approximatif que vous faites. Il ne faut pas dilue syrtout quand on doit faire la critique d' un spectacle. A la soupe subtile de ce spectacle, vous opposez une vulgaire salade mal assaisonee.
vendredi 05 février - 23:55

Fandetheatre censure ?
Ma réaction n'apparait pas... étonnant non ? Mes amis qui étaient à la même représentation et qui ont commenté, non plus... Faut-il être d'accord avec cette critique pour apparaître ?
samedi 06 février - 15:05

Jmichel75 Bien vu sur l'entreprise
J'ai été un cadre dirigeant chez Total pendant de longues années et j'ai été saisi par l'effet miroir de ce spectacle. C'est caustique à souhait, drôle, enlevé. Une pièce proteiforme où la mythologie se mêle avec délice aux rapports hierarchiques, où les questionnements sur les effets positifs et négatifs de la mondialisation font face à la question de l'autre et de l'étranger. C'est brillant ! Une belle réussite saluée par le public des Abbesses hier soir.
jeudi 18 février - 14:23

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