Théâtre - Critique

The Valley of Astonishment

The Valley of Astonishment, au Théâtre des Bouffes du Nord. Crédit : Pascal Victor/ArtComArt

Critique
Théâtre des Bouffes du Nord / texte et mes Peter Brook et Marie-Hélène Estienne

C’était au printemps 2014. Peter Brook et Marie-Hélène Estienne créaient The Valley of Astonishment aux Bouffes du Nord. Aujourd’hui reprise dans le même théâtre, cette recherche autour des notions d’ordinaire et d’extraordinaire n’a rien perdu de sa force poétique. 

Cette vallée-là, dite de l’Etonnement (The Valley of Astonishment), est l’une des dernières étapes du parcours vers l’illumination que trace, dans la Conférence des Oiseaux, le poète soufi Farid Al-Din Attar. Un texte de la fin du XIIème siècle que Peter Brook a porté à la scène en 1979, avant de s’intéresser aux secrets du cerveau humain et d’élaborer, en collaboration avec Marie-Hélène Estienne, L’Homme qui (en 1993) et Je suis un phénomène (en 1998). Rien ne semble jamais devoir prendre fin, chez le grand metteur en scène : les influx du théâtre fuient le définitif pour se perpétuer de projet en projet, à la faveur de prolongements, de réinventions, de nouvelles recherches et mises en mouvement. Ainsi, après avoir créé The Valley of Astonishment en avril 2014, l’ancien directeur des Bouffes du Nord revient aujourd’hui à cette réflexion qui, en creusant les sphères de l’ordinaire et de l’extraordinaire, éclaire le phénomène de la synesthésie (capacité qu’ont certaines personnes d’établir des correspondances entre sons, couleurs, lettres, chiffres…).

L’art savant de la simplicité

Pitcho Womba Konga remplace Jared McNeill. Le pianiste Raphaël Chambouvet assure seul la dimension musicale de la représentation (Toshi Tsuchitori a quitté le spectacle). Aux côtés de son complice Marcello Magni, Kathryn Hunter fait preuve, comme il y a deux ans, d’une présence scénique prodigieuse. Tout, chez la comédienne, suscite, plus qu’un simple intérêt, une attention de chaque instant. Sa voix, aux accents éraillés. Son visage, son regard, d’une sensibilité aiguë. Son corps enfin, qui impose une démarche insolite, tant terrienne qu’aérienne, une façon éminemment personnelle d’occuper l’espace. A l’instar de la représentation à laquelle elle prend part, Kathryn Hunter semble se contenter d’être. Elle déploie un art savant de la simplicité. Cette économie de moyens touche l’ensemble de la distribution. Dans une scénographie minimaliste (trois chaises, une table, un porte-manteau), les quatre interprètes explorent les mystères de notre esprit en évitant les lourdeurs des étalages scientifiques. Ici, c’est le vivant qui prévaut. Les grandes questions prennent corps dans les choses du concret. En déclenchant à l’occasion quelques rires. Et des éclats de profondeur poétique.

 

Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

The Valley of Astonishment
du Jeudi 24 novembre 2016 au Vendredi 23 décembre 2016
Bouffes du Nord
37 Boulevard de la Chapelle, 75010 Paris, France

Du mardi au samedi et le lundi 28 novembre à 21h. Matinées les samedis 3, 10 et 17 décembre à 15h30, ainsi que le dimanche 18 décembre à 16h. Durée de la représentation : 1h20. Spectacle en anglais, surtitré en français. Tél. : 01 46 07 34 50. www.bouffesdunord.com


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