Théâtre - Critique

Terre noire

Pitcho Womba Konga dans Terre noire. Crédit photo : Jean-Claude Fraicher

La Criée, Théâtre National de Marseille / de Stefano Massini / mes Irina Brook

Irina Brook reprend sa mise en scène du texte de Stefano Massini dénonçant la course au profit des multinationales qui assassinent la terre et désespèrent les hommes. Un spectacle pédagogique et militant, efficace et poignant.

Entre optimisme philanthropique et lucidité avertie, la directrice du Théâtre National de Nice a mis en place les conditions d’un théâtre ouvert aux questions politiques et sociales. Créée l’an dernier, la mise en scène du texte de Stefano Massini s’inscrit dans ce projet. On peut réfléchir, débattre, lire et s’informer, mais on peut aussi user des arts de la scène pour sensibiliser le public aux questions de l’époque. Parmi elles, figurent les problèmes environnementaux. Ils interrogent notre rapport à la terre, ainsi que les relations de domination induites par l’industrialisation de l’exploitation des ressources et la mise à sac de la planète par le capitalisme. Le texte de Stefano Massini le suggère et la mise en scène d’Irina Brook insiste : les OGM, les pesticides, le racket de la force de travail des paysans ne sont pas seulement fatals pour la terre, ils provoquent aussi la mort de ceux qui, jusqu’alors, vivaient en symbiose avec leur milieu.

L’émotion au service de la prise de conscience

Terre noire raconte l’histoire de Hagos, producteur de cannes à sucre. Il vivote avec sa femme, Fatissa, au milieu des cinq hectares de sa plantation. Le réfrigérateur et la télévision sont en panne, la femme du voisin, qui a déjà accepté de faire pousser les graines stériles de Earth Corporation, porte de jolies robes et se pavane dans une voiture neuve… Le représentant du vendeur d’OGM convainc Hagos de signer un contrat de dupes avec la multinationale. Quand il comprend qu’il s’est fait berner, il fait appel à Odela Zaqira, une jeune avocate décidée au combat contre les prédateurs de l’agro-industrie, qui se lance dans la bataille juridique pour sauver Hagos et sa terre. Les comédiens (Romane Bohringer, Hippolyte Girardot, Pitcho Womba Konga, Jeremias Nussbaum et Babetida Sadjo) incarnent leurs personnages avec justesse et vérité. Le couple de paysans est émouvant ; le combat entre les deux avocats (fougue de la jeune femme contre morgue de son collègue à la solde des assassins) est palpitant, et le cynisme du représentant en graines et pesticides est révoltant ! Le velum du fond de scène laisse deviner la catastrophe écologique derrière le drame humain, et sert de support à des projections qui explicitent la teneur pédagogique du propos. Le spectacle ménage un subtil équilibre entre démonstration et émotion, et permet de comprendre les terribles enjeux de la situation. Irina Brook trouve ici des alliés de talent pour servir la noble cause qui est la sienne. Quand le théâtre se fait ainsi le miroir du monde et le gardien de l’humanisme, il est foncièrement fidèle à l’engagement politique auquel il se doit.

 

Catherine Robert

A propos de l'événement

Terre noire
du Jeudi 9 mars 2017 au Samedi 11 mars 2017
La Criée - Théâtre National de Marseille
30 Quai de Rive Neuve, 13007 Marseille, France

Le 9 mars à 20h30, les 10 et 11 à 20h. Tél : 04 96 17 80 00. Durée : 1h05.


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