Théâtre - Critique

Odéon – Théâtre de l’Europe / de Tennessee Williams / mes Stéphane Braunschweig

Soudain l’été dernier

Publié le 27 mars 2017 - N° 253

Après Ibsen, Pirandello, ou Arne Lygre, Stéphane Braunschweig explore entre fantasme et vérité les cruelles fragilités humaines dépeintes par Tennessee Williams. Une confrontation douloureuse entre la mère et la cousine de l’absent, disparu l’été dernier.

©Elisabeth Carecchio
©Elisabeth Carecchio

La luxuriance d’un jardin tropical, ses fleurs rouge sang et ses feuilles géantes, ses lianes qui semblent enfermer les personnages dans une étouffante et oppressante prison mentale. Comme à l’accoutumée chez Stéphane Braunschweig, la scénographie, qu’il conçoit lui-même, constitue un axe fort et structurant qui matérialise sa vision de metteur en scène. Cette jungle impressionnante, c’est le jardin de Sébastien, disparu l’été dernier lors d’un voyage à Cabeza de Lobo, station balnéaire espagnole. Jusqu’à ce tragique été, il partait avec sa mère Violette Venable, richissime et protectrice, voire dévoratrice. « Nous formions un couple légendaire », dit-elle. L’été dernier, c’est sa cousine Catherine Holly qui l’a accompagné, et qui a été témoin de sa disparition dans d’obscures   et atroces circonstances. « Elle blablatte », assène la mère, qui souhaite que la jeune fille soit lobotomisée afin qu’elle cesse de saccager la réputation de son fils, qu’elle décrit comme un poète intransigeant et voyant, chaste et pur. On reconnaît certains motifs habituels du dramaturge américain, à travers les névroses et les fragilités des personnages, et certaines résonances avec sa propre expérience : son homosexualité qu’il a dû longtemps dissimuler, sa relation aimante à sa sœur Rose, qui fut internée et subit une lobotomie.

Sauvagerie préhistorique

Le docteur Cukrowicz, psychiatre accoucheur de mots, est celui qui tente de faire émerger la vérité. Avec une certaine bienveillance, ce qui ne l’empêche pas d’être un adepte de la lobotomie, nouvelle pratique très prometteuse. Ponctuée de visions, voire d’hallucinations, l’écriture explore de diverses manières qui se répondent le thème de la prédation, et le périple de Sébastien montre aussi que l’homme civilisé se montre à l’occasion sauvagement préhistorique ! Exit la culture au profit d’une nature pulsionnelle. Lorsque le terrifiant récit de Catherine advient enfin, la moiteur et le chaos de la jungle laissent place à la lumière crue et aux murs capitonnés d’une cellule d’asile. Fantasme ou vérité ? La réponse est ici moins tranchée que dans le film marquant de Mankiewicz (1959, avec Elisabeth Taylor et Katharine Hepburn, immenses actrices). Luce Mouchel dans le rôle de Violette est remarquablement juste. Elle a l’assurance péremptoire des puissants sûrs de leur grandeur, mais… ses jambes flageolent et la cruauté de la situation l’assaille. Marie Rémond dans celui de Catherine est impressionnante : fragile, perdue, et pourtant lucide sur son effroi, obstinée dans sa quête et son besoin de dire. Malgré la qualité du jeu des comédiens, la pièce demeure d’une certaine manière statique, comme cantonnée à l’horreur circonstanciée de son récit et de son contexte, sans ouvrir de réelles perspectives  contemporaines, sauf si l’on se force à plaquer telle ou telle analyse au récit.

Agnès Santi

A propos de l’évènement
Soudain l’été dernier
du 10 mars 2017 au 14 avril 2017
L’Odéon-Théâtre de l’Europe
Place de l'Odéon, 75006 Paris, France

Du 10 mars au 14 avril 2017. Du mardi au samedi à 20h, les dimanche à 15h. Relâche les lundis et le 12 mars. Tél. : 01 44 85 40 40. www.theatre-odeon.eu


Egalement du 25 au 24 avril 2017 au Théâtre du Gymnase à Marseille, du 11 au 14 mai au Piccolo Teatro à Milan.Durée 1h45.


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