Théâtre - Entretien

Soudain l’été dernier

©Carole Bellaïche Stéphane Braunschweig, metteur en scène de Soudain l’été dernier.

Entretien / Stéphane Braunschweig
Odéon – Théâtre de l’Europe / de Tennessee Williams / mes Stéphane Braunschweig

Pour sa première création à l’Odéon en tant que directeur de ce théâtre, Stéphane Braunschweig met en scène Soudain l’été dernier de Tennessee Williams. Une fable sur l’existence interprétée par Jean-Baptiste Anoumon, Océane Cairaty, Virginie Colemyn, Boutaïna El Fekkak, Glenn Marausse, Luce Mouchel et Marie Rémond.

Dans votre note de mise en scène, vous mettez en relation Soudain l’été dernier avec Les Revenants et Le canard Sauvage, pièces de Henrik Ibsen que vous avez créées par le passé. De quelle façon, selon vous, ces deux univers de théâtre se répondent-ils ?

Stéphane Braunschweig : Ce sont des univers bien sûr très différents, mais il me semble qu’Ibsen est, d’une certaine façon, à la source du théâtre de Tennessee Williams. Tout comme il est à la source de celui de Luigi Pirandello, d’Eugène O’Neill ou d’Arthur Miller. Il ne s’agit pas de la seule source, mais de l’une des sources de ces œuvres. Soudain l’été dernier, comme Les Revenants, est articulée autour d’un personnage qui manque et dont on parle tout le temps : un poète, dont la mort va donner lieu à une forme d’enquête. D’autre part, comme c’est le cas dans d’autres pièces d’Ibsen, par exemple dans Le Canard Sauvage, on a ici des protagonistes qui mettent beaucoup d’énergie à ne pas ouvrir les yeux, à ne pas voir la vérité. On retrouve donc les stratégies de déni de réalité que l’on rencontre chez Ibsen. Ce sont deux auteurs qui s’intéressent à la psyché, à l’âme humaine, à l’inconscient, aux forces psychiques qui sont à l’œuvre, soit pour cacher, soit pour essayer de surmonter un traumatisme…

 A l’inverse, qu’est-ce qui différencie pour vous ces deux auteurs ?

SB. : Peut-être la dimension poétique des pièces de Tennessee Williams. On ne sait pas assez qu’il était aussi poète. On le connaît comme dramaturge, et peut-être encore davantage comme inspirateur de grands films. Mais, on oublie parfois que la veine poétique est très présente dans ses pièces. Il écrivait d’ailleurs lui-même des poèmes. Je crois que Soudain l’été dernier fait vraiment le pont entre le Tennessee Williams dramaturge et le Tennessee Williams poète. C’est notamment en cela que cette pièce s’éloigne de l’univers d’Ibsen.

 En quoi la prise en compte de cet aspect poétique a-t-elle orienté votre travail ?

SB. : Durant les répétitions, j’ai souvent dit à Luce Mouchel ou Marie Rémond (ndlr, qui interprètent les deux rôles féminins principaux de la pièce) qu’elles devaient bien sûr porter la parole de leur personnage, mais aussi celle du poète, celle de Tennessee Williams. Il me semble très important que l’on entende cette parole qui traverse les propos de tous les personnages.

 « Soudain l’été dernier fait vraiment le pont entre le Tennessee Williams dramaturge et le Tennessee Williams poète. »

Est-ce, pour vous, une façon de mettre à distance une appréhension psychologique de la pièce ?

SB. : La question de la psychologie dans ce théâtre est inévitable et je n’ai pas cherché à lutter contre. Mais au-delà de cette dimension, je crois qu’il faut qu’on sente que les personnages de la pièce existent aussi comme des créatures dans lesquelles Tennessee Williams s’est lui-même projeté. Ces êtres ont une existence à la fois autonome et dépendante de l’auteur. Chacun, à sa manière, est traversé par les visions de Tennessee Williams. Des visions qui n’excluent ni la vérité ni le fantasme.

Cette dualité vous a-t-elle amené à décaler la question du réalisme ?

SB. : Ce qui est intéressant dans cette pièce, c’est que les personnages ne vivent pas du tout dans le réel. Ils vivent dans un autre monde. Dans leur monde, que j’ai cherché à faire exister, concrètement. Tennessee Williams, au sein de la première didascalie de la pièce, évoque un « jardin exotique », une « jungle tropicale », une « forêt à l’époque préhistorique ». Je n’ai pas souhaité détourner cette indication. Car si l’on prend un parti plus abstrait, plus distancié, on échappe à la qualité poétique de la pièce. J’ai donc voulu que le décor représente ce grand jardin, avec des évolutions. Ce sont ces évolutions qui ne sont pas réalistes. Mais on part tout de même d’un jardin qui a l’air réel, comme si on avait transformé le plateau de l’Odéon en serre tropicale.

 Tennessee Williams a défini sa pièce comme « une allégorie sur la façon dont les êtres se dévorent entre eux ». Cette indication a-t-elle été importante dans votre travail ?

SB. : Oui, car le thème de la dévoration traverse tous les souterrains de la pièce. Tennessee Williams dit aussi que Soudain l’été dernier s’apparente à un mystère médiéval. Ce qui vient confirmer l’idée qu’il s’agit moins d’une grande pièce réaliste que d’une sorte de fable sur l’existence. Une fable métaphysique au sein de laquelle la question de la recherche de Dieu revient souvent. Le jardin dont il est ici question est une sorte de jardin du bien et du mal.

 

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

 

A propos de l'événement

Soudain l’été dernier
du Vendredi 10 mars 2017 au Vendredi 14 avril 2017
Odéon-Théâtre de l’Europe
Place de l'Odéon, 75006 Paris, France

Du 10 mars au 14 avril 2017. Du mardi au samedi à 20h, les dimanche à 15h. Relâche les lundis et le 12 mars. Tél. : 01 44 85 40 40. www.theatre-odeon.eu


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