Théâtre - Critique

Scènes de la vie conjugale

La vie conjugale sous la loupe de Nicolas Liautard. La vie conjugale sous la loupe de Nicolas Liautard.

Théâtre de la Colline / d’après Ingmar Bergman / mes Nicolas Liautard

Reprise de la mise en scène de Nicolas Liautard, saisissante de vérité, créée à partir du téléfilm bergmanien. Le mentir-vrai du théâtre y fait la preuve de sa force subjuguante !  

De l’écran du masque social à la complexe réalité de la vie de couple : Ingmar Bergman a analysé avec une maestria confondante les aléas de l’amour et Nicolas Liautard fait de la scène de théâtre le lieu impressionnant et touchant de cette autopsie de l’amour, si humain et si imparfait. Cette réussite doit beaucoup à une sorte de naturalisme aiguisé, condensé, radical, débarrassé de tout superflu et de toute insignifiance, comme une mise à nu qui s’aventure sans détour jusqu’au terrain de l’intime et du désir, et fait surgir la vie même dans toute sa densité, son intensité et ses contradictions. C’est sur les six épisodes destinés à la télévision (1973), écrits en trois mois – Innocence et panique, L’art de cacher la poussière sous le tapis, Paula, La vallée des larmes, Les analphabètes et En pleine nuit dans une maison obscure quelque part sur terre -, que Nicolas Liautard fonde sa mise en scène, caractérisée par une simplicité dépouillée. Il réduit au minimum l’artifice théâtral, tout en affirmant dans la pièce même la dimension de recherche artistique liée à la quête tenace de la forme et du jeu justes.

Sincérité totale

Sur le plateau, à travers une suite de séquences saisissantes traversant vingt ans d’existence, la pièce révèle avec une vérité sidérante les imprévisibles méandres de la vie conjugale de Johan, enseignant à l’Institut psychotechnique, et Marianne, avocate spécialisée en droit de la famille, parents de deux filles. Au-delà du miroir, l’œuvre met à jour toute l’amplitude et la puissance des sentiments et des désirs, toute la fragilité et la force des personnes, tous les écarts et toutes les bagarres entre soi et projections de soi. En ouverture les deux couples d’amis – Johan et Marianne, sereins, Katherine et Peter, explosifs – regardent  un reportage aussi gentil qu’un Disney, qui célèbre le bonheur conjugal de Johan et Marianne. Ce bonheur bientôt vole en éclats, lorsque brutalement Johan annonce qu’il part avec la jeune Paula. Epurée, ciselée, la forme s’appuie sur le remarquable jeu des acteurs, profondément engagés, sur une langue de l’ici et maintenant, en partie improvisée, sur une sincérité totale. Fabrice Pierre (Johan) et Anne Cantineau (Marianne) sont impressionnants. Inutile de dire que l’implacable sentiment de vérité qui se dégage de ce jeu théâtral sans distance, sans surplomb aucun, facilite les processus d’identification en tous genres. « Si tu me fais ça, je te tue », murmure une spectatrice à l’oreille de son voisin. Bien au-delà de l’anecdote, le théâtre se révèle ici dans son incroyable pouvoir de questionnement et de proximité, par le talent conjugué du metteur en scène et des comédiens.

Agnès Santi

A propos de l'événement

Scènes de la vie conjugale
du Vendredi 22 janvier 2016 au Dimanche 14 février 2016
Théâtre de la Colline
15 Rue Malte Brun, 75020 Paris, France

du mercredi au samedi à 19h30, mardi à 19h, dimanche à 15h. Tél : 01 44 62 52 52. Durée : 3h50 avec entracte. Spectacle vu à la scène Watteau lors de sa création.


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