Théâtre - Critique

Ramona et Stalingrad

L’une des marionnettes de Rezo Gabriadze dans Ramona. © Irakly Sharashidze

Le Monfort / Texte, mes, marionnettes et scénographie Rezo Gabriadze

Rezo Gabriadze, créateur géorgien d’un théâtre de marionnettes mondialement reconnu, donne vie à des univers mélancoliques et délicieusement poétiques. Le Monfort présente deux pièces emblématiques de son répertoire, pour tout public.

C’est un peu à la manière de l’immense Marcel Proust que Rezo Gabriadze semble vouloir retrouver le temps perdu du passé et de l’enfance : avec une tendresse infinie, un regard pointilleux, et une lucidité aiguë. Peintre, sculpteur, scénariste, metteur en scène… : l’artiste géorgien a finalement conjugué tous ses talents en choisissant de donner forme à un théâtre de marionnettes singulier. Un art minutieux qu’il exerce depuis plus de trente ans, à Tbilissi, dans la liberté qu’octroie la solitude. Une liberté qui fut cependant relative aux côtés du géant soviétique – la Géorgie est devenue indépendante en 1991. A l’occasion de la présentation de Ramona au Festival d’Avignon en juillet dernier, le créateur confia dans nos colonnes se souvenir très distinctement des locomotives à vapeur qu’il observait enfant avancer dans la plaine. Et, c’est bien connu, puisque les locomotives sont des organismes vivants, Ramona conte une histoire d’amour contrariée par les caprices des aiguillages entre deux locomotives : la pimpante Ramona et le vaillant Ermon. Une note de Rudyard Kipling rappelant que les locomotives sont des machines « promptes à éprouver des sentiments » a inspiré le créateur pour créer cette histoire rocambolesque.

Un artisanat savant

Locomotive de manœuvre locale, Ramona finit par quitter ses quartiers et vient en aide à une troupe de cirque sous chapiteau, en espérant revoir l’aimé, parti en mission jusqu’en Sibérie. Optimiste, généreuse et gracieuse, elle est l’héroïne de ce périple mouvementé où intervient une foule de personnages au cœur d’un castelet. Des mondes d’une grande délicatesse émergent, inscrits dans une dimension artisanale et bricolée, où chaque instant est savamment pensé. Six manipulateurs silencieux animent les marionnettes, tandis que les chants, musiques et voix sont enregistrés. Comme les locomotives à vapeur, le cirque sous chapiteau représente un univers d’antan, menacé de disparition, que l’artiste fait revivre avec bonheur. L’art ici retient le temps contre l’effacement. Le Monfort présente aussi Stalingrad, pièce emblématique de leur répertoire, qui évoque la terrible bataille de la Seconde Guerre mondiale. La pièce compose un requiem touchant, où interviennent des figures historiques – de Staline à Paulus -, et où émerge une foule d’êtres blessés – soldats abîmés, paysan endeuillé, veuve éplorée, cheval estropié… et fourmis qui pleurent. Le geste artistique de Rezo Gabriadze, à la fois art de la reconstitution et de l’invention, célèbre l’imagination. « L’art est long. La vie est brève. » entend-on dans Ramona

Agnès Santi

A propos de l'événement

Ramona et Stalingrad
du Mardi 7 novembre 2017 au Samedi 25 novembre 2017
Le Monfort
106 Rue Brancion, 75015 Paris, France

à 19h30, Cabane. Tout public. Spectacle en géorgien et en russe surtitré en français. Durée : 1h15. Spectacle vu lors du Festival d’Avignon en juillet 2017. Stalingrad, du 21 au 25 novembre 2017 à 19h30. Durée : 1h30.


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