Théâtre - Critique

Price

Crédit : Jean-Louis Fernandez Légende : Rodolphe Dana adapte Price au théâtre.

T2G – Théâtre de Gennevilliers / d’après Steve Tesich / mes Rodolphe Dana

Premier roman du dramaturge et scénariste Steve Tesich, Price retrace l’été de toute une vie : celui au cours duquel un adolescent franchit le seuil de l’âge adulte. Rodolphe Dana porte à la scène cette fresque d’inspiration autobiographique autour des espoirs et des désillusions de l’existence.

Ce n’est que seize ans après sa mort, en 2012, que Steve Tesich (1942-1996) conquit la reconnaissance des lecteurs français grâce à la parution de Karoo aux Editions Monsieur Toussaint Louverture. Deux ans plus tard, le même éditeur publie Price, premier roman de l’auteur américain d’origine serbe qui obtient lui aussi les faveurs du public après être passé inaperçu, en 1984, lors d’une première publication sous le titre Rencontre d’été. Aujourd’hui, c’est à la matière vivante du théâtre que se confronte cette œuvre, par le biais d’un spectacle mis en scène par Rodolphe Dana. A la tête d’un groupe d’acteurs qui saisit avec beaucoup de justesse la vérité de l’instant, le directeur du Centre dramatique national de Lorient tente de nous transmettre l’enthousiasme qui a été le sien lorsqu’il a découvert ce texte mettant en lumière un entrelacs d’existences qui dérivent et qui achoppent. Celle du personnage central, Daniel Price (Antoine Kahan), lycéen de 18 ans qui, faute de bourse universitaire, ne peut quitter l’univers bouché au sein duquel il a grandi.

L’évidence d’un esprit de troupe

Mais aussi, l’existence de ses parents (Françoise Gazio et Simon Bakhouche), de deux amis (Grégoire Baujat et Lionel Lingelser), de la jeune fille qu’il aime (Inès Cassigneul) et du père de celle-ci (Rodolphe Dana). Nous voilà donc dans la banlieue ouvrière de Chicago, au début des années 1960, face à des destins qui n’ont rien de dorés. Dans Price, les aléas de l’amour se mêlent aux tourments de la maladie, à la perspective de la mort, aux empêchements et aux désillusions d’une classe sociale sans privilège. Servie par l’évidence d’un esprit de troupe, la mise en scène est nette, vive : les scènes se télescopent, se succèdent en empiétant les unes sur les autres. Sans effets de transition, elles laissent surgir un comédien alors qu’un autre n’a pas encore laissé sa place. Un joli spectacle ? Oui. Mais alors qu’est-ce qui, malgré l’humour désenchanté, malgré l’intensité concrète du jeu, nous tient à distance de cette histoire ? Sans doute le format de la représentation qui, en deux heures, ne peut que survoler le roman de Steve Tesich. Tout en angles et en sursauts, cette version théâtrale de Price emprunte de nombreux raccourcis. Elle ne prend pas le temps de laisser s’installer les influx profonds des vies qui s’ouvrent à nous.

Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

Price
du Jeudi 16 novembre 2017 au Mardi 17 avril 2018
T2G - Théâtre de Gennevilliers
41 Av. des Grésillons, 92230 Gennevilliers, France

T2G – Théâtre de Gennevilliers, Centre dramatique national de création contemporaine. Du 16 novembre au 2 décembre 2017. Les lundis, jeudis et vendredis à 20h, les samedis à 18h, les dimanches à 16h. Durée de la représentation: 2h. Spectacle vu le 6 novembre 2017, lors de sa création au Théâtre de Lorient. Tél. : 01 41 32 26 26. www.theatre2gennevilliers.com.


 


Egalement du 5 au 9 décembre 2017 au Théâtre du Nord à Lille, du 13 au 16 décembre au Théâtre de Nîmes, du 10 au 17 janvier 2018 au Théâtre Garonne à Toulouse, le 30 janvier au Bateau Feu à Dunkerque, les 2 et 3 février à Châteauvallon, les 8 et 9 février au Bois de l’Aune à Aix-en-Provence, du 27 février au 2 mars au Théâtre national de Bordeaux, le 7 avril à La Scène Watteau à Nogent-sur-Marne, les 16 et 17 avril au Centre dramatique national de Thionville.


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