Théâtre - Entretien

Pelléas et Mélisande

L’Epée de Bois / de Maurice Maeterlinck / mise en scène Alain Batis

Dans la lignée de La Femme Oiseau*, très belle fable inspirée par une légende japonaise, Alain Batis met en scène le poème mystérieux de Maeterlinck. Un théâtre épuré et polysensoriel.  

Comment s’inscrit cette mise en scène dans votre parcours ?

Alain Batis : Après dix ans consacré à la mise en scène de pièces contemporaines, j’ai souhaité explorer des voies plus classiques, et ce projet parachève un cycle de notre compagnie affirmant « une urgence à convoquer de la beauté ». Pelléas et Mélisande s’inscrit aussi dans une parenté avec notre précédente création inspirée par une légende japonaise, La Femme Oiseau. Des passerelles esthétiques, poétiques et métaphysiques relient les deux œuvres et les deux figures féminines quasi mythologiques : Mélisande et la Femme Oiseau, l’une ophélienne, proche de l’élément eau, l’autre proche de l’élément air. Les Japonais ont d’ailleurs traduit toute l’œuvre de Maeterlinck, Prix Nobel en 1911, et les contes japonais et le théâtre de Maeterlinck recèlent une même quête de l’ailleurs, du mystère. Le théâtre de Maeterlinck me fascine. J’ai mis en scène La Princesse Maleine en Corse à l’Aria, puis j’ai choisi de monter Pelleas et Mélisande, un chef-d’œuvre peu monté et connu surtout à travers l’opéra de Debussy. Poétique et épuré, ce texte s’approche de l’insondable, de l’inarticulé, et la grande beauté de la langue émane de sa simplicité. Mallarmé décrit ce long poème comme une « variation supérieure sur l’admirable mélodrame ». C’est effectivement une partition minimaliste, très construite, aussi précise qu’un mécanisme d’horlogerie, et libérant une charge incroyable de rêve.

« C’est un théâtre du dedans, de la densité, où quelque chose échappe en permanence. »

Quel théâtre voulez-vous créer à partir de cette langue ?

A.B. : Tout ce qui émane de cette langue devient images, impressions, parfums…, et appelle donc un théâtre polysensoriel. C’est une langue en miroirs, en ellipses, onirique et concise. Elle emprunte aux contes de Grimm et à Shakespeare, mais c’est comme si la langue avait inhalé d’autres langues et d’autres fables pour faire émerger un parfum, comme si tout s’était finalement dissous dans cette langue unique. Dans un espace trouble, mouvant, en clair-obscur, le travail avec les acteurs a consisté à aller vers l’essence des uns et des autres. C’est-à-dire à traverser ces zones de turbulences que sont la psychologie ou l’artifice pour aller vers un endroit plus intime, plus secret, vers le cœur de l’être. Nous cherchons à éviter toutes les scories dans le travail des corps et des voix, à être traversés par la langue, à être joués plutôt qu’à jouer. Cyriaque Bellot a composé une musique de scène interprétée par deux musiciennes au plateau, qui se tisse avec le poème. C’est un théâtre du dedans, de la densité, où quelque chose échappe en permanence. Essayer d’approcher ce mystère, cet ailleurs, c’est ce qui m’intéresse dans ce théâtre.

Propos recueillis par Agnès Santi

*Lire notre critique dans ce numéro

A propos de l'événement

Pelléas et Mélisande
du Jeudi 12 janvier 2017 au Dimanche 5 février 2017
L’Epée de Bois
Route du Champ de Manoeuvre, 75012 Paris, France

jeudi, vendredi et samedi à 20h30, les samedis 21 janvier et 4 février à 16h, dimanche à 16h. Tél : 01 48 08 39 74. Durée : 2h. En alternance avec La Femme Oiseau.


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