Théâtre - Critique

On traversera le pont une fois rendus à la rivière

Mathilde Maillard, Arnaud Boulogne et Sébastien Vial, ici et là… Crédit photo : Simon Gosselin

Le CENTQUATRE-PARIS / spectacle d’Antoine Defoort, Mathilde Maillard, Sébastien Vial et Julien Fournet

L’Amicale de production invente un spectacle ludique et poétique, qui interroge les conditions de la représentation avec un rare brio et offre un délicieux et joyeux moment de création collaborative.

Jacques, Samuel et Brigade sont dans une pâture… A cause d’une durite malicieuse, la jeune femme, qui roulait vers la Camargue, se retrouve à passer la nuit en compagnie d’un paysan à la retraite et de son neveu folklorique. Mais comment en est-on arrivé là ? Pas à pas, après que le bruit des pieds dans la gadoue a remplacé le claquement des chaussures sur l’asphalte, mine de rien, et parce que Mathilde Maillard, Arnaud Boulogne et Sébastien Vial ont installé avec un humour délicat les conditions de la confiance spectaculaire. Et l’astuce et l’intelligence pétillante font si bien leur office que les spectateurs se fabriquent des cabanes avec leurs manteaux pour se mettre à l’abri de la pluie d’orage, parce que lumières et bande-son indiquent que la nuit est tombée et que l’aube auvergnate est un peu frisquette ! Avec apparemment trois fois rien – mais le talent se plaît toujours à l’illusion de l’économie de moyens –, grâce, surtout, à un art aguerri de l’interprétation et une composition dramaturgique éblouissante, les comédiens font naître un moment de grâce théâtrale infiniment jouissive.

Abyme de la fiction

Deux groupes de spectateurs participent à l’aventure. Les premiers sont dans la salle, les seconds sont chez eux, et suivent les aventures de ces trois Pieds Nickelés de la radio libre derrière leurs ordinateurs. Une fois installés le protocole et les conditions qui réunissent spectateurs réels et auditeurs virtuels, l’imagination est sollicitée. On s’invente des compagnons avec lesquels on se plaît à dialoguer et dont on affabule sur leurs gestes et leurs réactions. Mime ou critique des réseaux de la virtualité amicale qui occupe nos contemporains au point de délaisser parfois le réel ? Rien n’est asséné ; tout est suggéré. Une entière liberté est laissée au jeu collectif, auquel les spectateurs peuvent offrir l’accueil qui leur convient le mieux, entre distance amusée et empathie active. Le travail théâtral de L’Amicale de production, qui situe ses œuvres entre spectacle vivant et arts visuels, est époustouflant. On navigue entre les différents niveaux de fiction avec un plaisir double : celui de la représentation et celui de se laisser piéger par elle. On est à la fois au CENTQUATRE, au Théâtre des Abbesses, dans un appartement au nord de Paris, dans un pré boueux au bord d’un petit bois, guidés par des équilibristes sympathiques et espiègles qui virevoltent sur le fil de la fiction avec, en balancier, un réel et remarquable talent.

Catherine Robert

A propos de l'événement

On traversera le pont une fois rendus à la rivière
du Jeudi 27 avril 2017 au Samedi 13 mai 2017
Le 104
5 Rue Curial, 75019 Paris, France

Du 27 avril au 13 mai 2017 à 20h30 (relâche le 30 avril et les 1er, 6, 7 et 8 mai). Tél. : 01 53 35 50 00. Site : http://on-traversera-le-pont-une-fois-rendus-a-la-riviere.com


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