Théâtre - Critique

On ne paie pas, on ne paie pas !

Crédit photo : Carole Parodi Légende photo : Joan Mompart met en branle le farcesque Dario Fo.

De Dario Fo / mes de Joan Mompart

Joan Mompart met en scène l’éloge de la désobéissance civile en forme de farce ménagère, écrit par Dario Fo il y a quarante ans. Une pièce toujours actuelle et toujours aussi caustique.

« Le monde n’est qu’une branloire pérenne », disait Montaigne, et il faut être grand sage ou subtil équilibriste pour s’accommoder de ses soubresauts… Voilà désormais quarante ans que l’Europe est en crise, que le chômage, la hausse des prix de la nourriture, des loyers et des services, étranglent le prolétariat, et le condamnent à une misère grandissante. Dario Fo décrit en 1974 une situation qui demeure la même aujourd’hui : aboulie des syndicats, qui, à force de légalisme, se font déborder par une base excédée, économie de la débrouille et réinvention des solidarités pour tâcher de survivre, quand vivre est devenu un luxe. Dans un décor en forme de bascule, Joan Mompart installe une troupe dynamique et allègre qui, autour de Brigitte Rosset (pétulante Antonia), interprète la farce militante de Dario Fo. La scénographie s’inspire de la cabane de Charlot et Big Jim dans La Ruée vers l’or : suspendue au bord de la falaise, elle peut à tout moment basculer dan le vide, de même que l’appartement d’Antonia et Giovanni est menacé par les promoteurs cyniques, qui ont le projet de démolir les immeubles qu’ils ont longtemps loués à prix d’or aux ouvriers abusés.

Un abattage granguignolesque

Mais comme souvent dans les révolutions (comme le 23 février 1917 à Petrograd), ce sont les femmes et la faim qui mettent le feu aux poudres ! Antonia et ses copines ont décidé de ne plus payer les courses au supermarché, « pour tout l’argent que vous nous avez volé depuis des années et des années, sur tout ce qu’on achète ! ». A l’usine, bientôt délocalisée, les ouvriers sont aussi partis de la cantine sans payer ; au retour, ils se sont couchés sur les voies du chemin de fer, pour protester contre l’augmentation du prix des billets. Giovanni, allergique aux débordements anarchiques, supporte mal de voir sa femme devenue complice de l’action directe, mais, peu à peu, à force de quiproquos et d’emballements, il est pris dans la spirale hilarante de l’illégalité. Il devient légitime de voler les riches et de tromper les sbires de l’exploitation quand la lutte des classes est en marche. Mauro Bellucci, Juan Antonio Crespillo, Camille Figuereo, François Nadin et Brigitte Rosset impriment une belle énergie au spectacle : les répliques fusent, les corps virevoltent, les portes et les fenêtres claquent. Dans un traitement quasi granguignolesque, à l’image de la société bouffonne et tragique dans laquelle nous vivons, la troupe réunie par Joan Mompart rend un hommage loufoque et enlevé au maître Dario Fo.

Catherine Robert

A propos de l'événement

On ne paie pas, on ne paie pas !
du Mercredi 10 avril 2013 au Jeudi 25 avril 2013
Théâtre 71
3, place du 11 novembre, 92240 Malakoff
Du 10 au 25 avril 2013. Mardi et vendredi à 20h30 ; mercredi, jeudi et samedi à 19h30 ; dimanche à 16h. Tél. : 01 55 48 91 00. Durée : 1h50. Spectacle vu à la Comédie de Genève.
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