Théâtre - Critique

Oblomov

Oblomov, dans la mise en scène de Dorian Rossel. © Erika Irmler

Le Monfort / d’après Ivan Gontcharov / mes Dorian Rossel

Après Quartier lointain, présenté au Monfort en 2011, Dorian Rossel propose une mise en scène inventive et chorale d’Oblomov, figure du renoncement aboulique et nostalgique. Sans le réduire à un état mais plutôt en déployant l’énigme de son questionnement. 

Aussi célèbre que Don Quichotte ou Don Juan en terres russes, Oblomov, né de la plume d’Ivan Gontcharov en 1859, personnifie une sorte de mélancolie ordinaire nichée entre rêve et renoncement. Son ami Stolz, symbole de l’homme nouveau et entreprenant face à une aristocratie oisive et paresseuse, qualifie cette apathie radicale d’“oblomovisme“, terme devenu langage courant en Russie, et s’efforce de réveiller son appétit de vivre grâce à la passionnée Olga. Pas sûr que l’amour suffise à l’extraire de son cocon. Drôle de mythe que cette espèce de Bartleby russe, moins entêté sans doute, plus rêveur et lesté d’une incorrigible aboulie, tel un personnage adolescent érigeant l’inaction en acte poétique. Nostalgique du paradis perdu de l’enfance, spécialiste des lignes de fuite, Oblomov interroge à travers son refus d’investir le présent le sens de la vie individuelle et sociale. Il est d’ailleurs plutôt logique et assez drôle qu’à notre époque il puisse aussi être envisagé comme une figure de l’anti-activisme et de la décroissance, prônant le retrait d’un monde productiviste en proie à une vaine et perpétuelle agitation.

Démultiplier les points de vue

Avec succès, Dorian Rossel s’emploie à ne pas réduire Oblomov à un état dépressif ou léthargique, et entreprend au contraire de laisser se déployer l’énigme de cet anti-héros et ses contradictions. Oblomov (Xavier Fernandez-Cavada) rêve et sombre en même temps. Il se couche, s’isole au creux d’un nid dérisoire et imposant, et questionne profondément la finalité de l’action humaine. Comment concilier aspiration au repos ou course effrénée ? La réponse est peut-être une question de dosage, nous éloignant de toute forme d’idéal. Inventive et chorale, pleine de vivacité, la mise en scène démultiplie les points de vue et, jouant d’effets de miroir et de brisure, reflète toutes les facettes des questionnements. Les personnages eux-mêmes se dédoublent ou deviennent narrateurs, et les corps chutent ou se figent, ploient ou s’élancent. La direction d’acteurs est impeccable. La compagnie de Dorian Rossel Super Trop Top s’est alliée à troupe française O’Brother Company pour créer cet opus avec sept comédiens. Nous sommes sans doute tous des Oblomov en puissance, et la mise en scène de cet “oblomovisme“ propice à diverses interrogations et projections affronte avec sensibilité la question du non-engagement, sans jamais oublier le lien au public.

Agnès Santi

A propos de l'événement

Oblomov
du Mardi 1 décembre 2015 au Dimanche 13 décembre 2015
Le Monfort
106 Rue Brancion, 75015 Paris, France

du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h. Tél : 01 56 08 33 88. Durée : 1h40. Spectacle vu à Avignon en 2014 à la Caserne des Pompiers.


 


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