Danse - Critique

Noé, une humanité en mouvement

© Olivier Houeix Thierry Malandain interroge le récit du Déluge.

Chaillot, Théâtre National de la Danse / chor. Thierry Malandain

Thierry Malandain chorégraphie un très beau rituel où la communauté humaine cisèle ses actions et ses relations, et dessine le futur et ses possibles.

A partir de la figure de Noé et du mythe du Déluge, Thierry Malandain crée un ballet épuré, limpide et vibrant, qui convoque une humanité en mouvement et questionne notre destin collectif, destin qui à chaque génération se poursuit et recèle aussi la possibilité d’un changement. Chorégraphié sur la majestueuse Messa di Gloria de Rossini, l’œuvre se déploie comme un rituel où la transcendance se serait effacée pour laisser aux hommes tout le pouvoir de leur libre arbitre. Les vingt-deux danseurs demeurent presque toujours présents sur le plateau, témoins ou acteurs, et les corps dansants expriment superbement toute la diversité des relations : une communauté soudée, reliée, sereine, ou alors affolée, perdue, déboussolée. Une humanité aux bras ballants, sans volonté, entraînée tout entière dans l’automatisme du renoncement. Ou une humanité à l’innocence retrouvée, bras levés et tendus vers l’avenir, capable de portés confiants, prête pour l’amour et pour repeupler une planète vide !

Régénération ou persistance du pire ?

Noé et son épouse sont ici de nouvelles figures d’Adam et Eve, et la figure du couple est un axe important dans la pièce. Le Déluge constitue une rupture radicale, envisagée comme la possibilité d’une régénération. Logiquement, aucun animal ne s’invite dans cette affaire trop humaine, si ce n’est lors d’un passage merveilleusement dansé unissant le corbeau et la colombe. La montée des eaux enferme la communauté dans un écrin bleu matriciel conçu par Jorge Gallardo. Lorsque l’eau redescend et laisse voir le noir nu des murs du théâtre, l’homme se trouve livré à lui-même, dans un monde qu’il habite de toute sa puissance. Evénement fondateur, le meurtre d’Abel par Caïn interprété par deux danseurs à la forte présence installe la violence au cœur de la chaîne humaine. Le chorégraphe n’affiche aucun optimisme : si le pire n’est pas certain, il est toujours en embuscade. Servie par la remarquable technique des danseurs, l’œuvre interroge notre commun futur si incertain, avec une émouvante maestria.

Agnès Santi

A propos de l'événement

Noé, une humanité en mouvement
du Mercredi 10 mai 2017 au Mercredi 24 mai 2017
Théâtre national de Chaillot
1 Place du Trocadéro et du 11 Novembre, 75016 Paris, France

Tél : 01 53 65 30 00. Durée : 1h10. Spectacle vu le 15 janvier au Teatro Victoria Eugenia à Donostia / San Sebastian, Espagne.


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