Danse - Gros Plan

MC 93/Chor. Alain Platel / Ballets C. de la B.

Nicht Schlafen

Publié le 22 février 2017 - N° 252

Programmé pour la réouverture de la MC93, Nicht Schlafen (ne pas dormir) d’Alain Platel établit un parallèle entre l’Autriche du début du XXe siècle et notre époque, sur fond de musique de Mahler.

Crédit : Chris Van der Burght
Légende : Nicht Schlafen d’Alain Platel et les Ballets C. de la B.
Crédit : Chris Van der Burght Légende : Nicht Schlafen d’Alain Platel et les Ballets C. de la B.

Inspiré par le livre Les années vertigineuses : Europe, 1900-1924. de Philipp Blom qui décrit les débuts d’un siècle trépidant, en proie à des bouleversements radicaux qui vont mener à la Première Guerre mondiale, et à la dislocation des vieux modèles, Alain Platel s’interroge sur une mondialisation galopante. Sur le plateau, une humanité disparate, rassemblée autour des chevaux morts sculptés par Berlinde De Bruyckère, se bouscule et s’étreint. Loin de se cantonner à ce thème et aux torrents romantiques malhériens (avec la Symphonie N° 6 « Tragique » et l’Adagietto de la 5e rendu célèbre par Mort à Venise), le chorégraphe belge introduit des chants pygmées (interprétés par les chanteurs congolais Boule Mpanya et Russell Tshiebua) ou des cris d’animaux qui racontent la disparition prochaine de notre monde.

Subversif et funèbre

L’énergie est primale, bestiale, trouble parfois. La danse est ici une sorte de sauve-qui-peut. Face à l’immobilité livide des cadavres des chevaux, les neuf danseurs sont pris dans une sorte d’extrémisme du mouvement qui confine à la transe ou à la violence. Les corps y sont malmenés, la gestuelle désordonnée et accumulative. La danse ne désarme pas pendant près de deux heures, multipliant les formes intimistes (duos, trios, solos) au sein de la petite troupe pour évoquer un gigantesque carnage. Bientôt le paroxysme laissera place à l’épuisement, sans aucun répit. La dimension picturale est presque aussi importante que la danse elle-même, les éclairages magnifiant la chair sous la peau. Les teintes cireuses des corps rappellent irrésistiblement Le Caravage ou Gericault, tandis que les attitudes choisies par Platel font signe vers les représentations religieuses des descentes de croix, des piétas, ou des mises au tombeau. Loin de tout lyrisme, Nicht Schlafen nous réveille avec sa chorégraphie subversive aux accents funèbres.

Agnès Izrine

A propos de l’évènement
Nicht Schlafen
du 17 mars 2017 au 13 juin 2017
Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis
9 Boulevard Lénine, 93000 Bobigny, France

Du 23 au 26 mai à 20h00, le 27 mai à 18h00. Tél. : 01 41 60 72 72. Durée 1h40.


En tournée. Les 17 et 18 mars au CDN de Lorient, le 28 mars à la Maison de la Culture d’Amiens, les 31 mars et 1er avril à l’Arsenal de Metz, du 5 au 7 avril à la MC2 Scène nationale de Grenoble, les 28 et 29 avril à la Scène nationale d’Albi, du 23 au 27 mai à la MC93 de Bobigny, les 8 et 9 juin à la Scène nationale de Nantes, les 12 et 13 juin au Théâtre de Perpignan.


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