Danse - Critique

Moeder

Crédit : Herman Sorgeloos Légende : Moeder de Peeping Tom.

Monaco Dance Forum / Grimaldi Forum / Chor. et mes Peeping Tom

Grotesque, perturbant, Moeder déploie la familière étrangeté propre aux spectacles de Peeping Tom au Monaco Dance Forum. Une performance hallucinante, explosive et chargée d’émotion. Impressionnant.

Chaque spectacle de la compagnie Peeping Tom (Franck Chartier et Gabriela Carrizo) pourrait s’intituler « La condition humaine ». Singulière en diable, la compagnie utilise indifféremment le théâtre, la danse ou la contorsion, et part de personnages ordinaires dans un décor réaliste pour basculer, sans y prendre garde, dans l’invraisemblable, le délire ou le cauchemar. Moeder (Mère), suite logique de Vader (Père), fait partie d’une trilogie qui se terminera avec Kinderen (Enfants). Signée cette fois par Gabriela Carrizo (Franck Chartier étant l’auteur de Vader), Moeder explore les méandres d’un inconscient de la figure maternelle. Alors que Vader se déroulait dans le huis-clos d’une maison de retraite bien identifiée, Moeder se situe dans un lieu protéiforme malgré un espace scénique hyperréaliste, car comme passé au crible d’un miroir déformant. Avec ses murs de béton, sa baie vitrée intérieure fermée par des rideaux gris, ses tableaux sans âme, sa machine à café, et sa plante verte, on se croit au début à un guichet quelconque. Mais derrière la vitre, apparaît bientôt la mère, exposée dans son cercueil.  À partir de là, tout vacille, et nous voilà entraînés dans une sorte de vortex d’où surgissent des bribes de rêves, des scènes enfouies, des souvenirs écrans, des images trop réelles pour être vraies ou trop folles pour être fausses.

Scènes de la vie familiale

Le décor devient un musée familial, un peu pitoyable, où sont exposés les désirs et les peurs de chacun autour du deuil et de la maternité. Les personnages qui traversent cet espace endossent les rôles de mère, gardiens, de femme de ménage, de sage-femme, ou de simples visiteurs. Dans cet univers sans cesse décalé, tout peut arriver. Une sorte de récit sous-jacent tend toute la pièce et parvient à réunir une multiplicité de pistes à suivre comme dans un faisceau de sens. C’est une mise en scène d’un univers mental magistral auquel tout concourt, particulièrement le son, traité souvent en bruitages live et utilisé de façon cinématographique. Ainsi de cette première scène où une danseuse se débat sur un sol trempé inexistant. Tout en allégories, en allusions, Moeder fonctionne par métaphores intrigantes qui, toutes, dissèquent le sentiment maternel à travers des images puissantes ou des visions effrayantes et drôles. Les interprètes sont absolument éblouissants. L’ensemble est d’une intelligence rare, tant par le traitement musical et vocal que par un vocabulaire chorégraphique saisissant.

 

Agnès Izrine

A propos de l'événement

Moeder
du Lundi 12 décembre 2016 au Samedi 20 mai 2017
Grimaldi Forum
10 Avenue Princesse Grâce, 98000 Monaco

Tél. +377 99 99 20 00. Dans le cadre du Monaco Dance Forum des Ballets de Monte-Carlo. Le 12 décembre 2016 à 20h. Durée : 1h15.


Egalement 17 et 18 janvier à la MC Bourges, du 26 au 28 janvier 2017 à la Maison des Arts de Créteil dans le cadre de la programmation Théâtre de la Ville, du 1er au 3 février au Maillon à Strasbourg, du 5 au 7 avril au TNBA de Bordeaux, les 21 et 22 avril à l’Onde théâtre de Vélizy-Villacoublay, les 25 et 26 avril au Grand R de La Roche-sur-Yon, les 3 et 4 mai au Théâtre de Caen, du 17 au 20 mai au TNT de Toulouse, les 30 mai et 1er juin à La Rose des Vents de Villeneuve d’Ascq.


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