Théâtre - Critique

MayDay

MayDay, mis en scène par Julie Duclos au Théâtre de La Colline. © Jean-Louis Fernandez

Critique
La Colline – Théâtre national / de Dorothée Zumstein / mes Julie Duclos

Après le remarqué Nos Serments*, Julie Duclos revient à La Colline avec MayDay, une pièce de Dorothée Zumstein. Un spectacle fort, noir, virtuose, qui confirme le talent de la jeune metteure en scène.    

Mort de deux garçons âgés de 4 et 3 ans, tués par une fillette de 11 ans. Maltraitances psychologiques et physiques d’une fille-mère qui se débarrasserait bien de son enfant. Disparition d’un père empoisonné par les substances toxiques qu’il a inhalées lorsqu’il était ouvrier, puis mineur. Silence d’une mère ayant découvert les abus sexuels commis par son époux sur sa fille… Le tableau est plus qu’obscur. Il est désespéré. On pourrait se dire que Dorothée Zumstein, l’auteure de MayDay, a un peu forcé le trait. Sauf que la vie, parfois, dépasse les limites que s’imposerait la fiction. Car le texte mis en scène par Julie Duclos au Théâtre de La Colline (édité aux Editions Quartett) est inspiré d’une histoire réelle. Les deux infanticides dont il est question se sont déroulés à la fin des années 1960. A Newcastle, en Angleterre. Libérée en 1980, après douze ans d’emprisonnement, celle que la presse a rebaptisée « l’enfant tueuse » va, des années plus tard, accepter de se confier à un journaliste. A l’occasion de cette interview, elle revient sur son existence. Et sur celle des femmes qui l’ont précédée.

 Une ligne de faille intergénérationnelle

C’est ainsi une adulte de 40 ans, hantée par les fantômes de son passé, qui se présente d’abord à nous (interprétée par Marie Matheron qui – aux côtés de Maëlia Gentil, Vanessa Larré, Alix Riemer et Bino Sauitzvy – prend part à une distribution absolument remarquable). Cela, avant de laisser la parole à la fillette qu’elle a été. Puis, aux figures écorchées de sa mère et de sa grand-mère. Répondant à la forme éclatée de la pièce de Dorothée Zumstein, Julie Duclos présente les perspectives multiples d’une création virtuose. Naviguant avec beaucoup d’habileté entre réalité du plateau et projections de vidéos (signées Quentin Vigier, pour partie réalisées en direct), la jeune metteure en scène trace les lignes d’une représentation à la noirceur radicale. Aucune concession n’est faite, dans cette descente au cœur des drames et des déséquilibres familiaux, quant à  la dureté des trajectoires de vie qui nous sont racontées. Face à la belle scénographie conçue par Hélène Jourdan, l’oxygène vient même parfois à manquer. C’est le signe d’un spectacle d’une grande force. Un spectacle dense et sans échappatoire.

 

Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

MayDay
du Jeudi 23 février 2017 au Jeudi 18 mai 2017
la colline
15 Rue Malte Brun, 75020 Paris, France

Du 23 février au 17 mars 2017. Du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30. Durée de la représentation : 1h35. Tél. : 01 44 62 52 52. www.colline.fr


Egalement du 21 au 25 mars 2017 aux Célestins à Lyon, du 11 au 14 avril au CDN de Besançon, du 26 au 28 avril au CDN d’Orléans, du 10 au 13 et du 16 au 18 mai à la Comédie de Reims, en mai au Festival Théâtre en mai à Dijon.


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