Théâtre - Critique

Love, love, love

Love, love, love, mis en scène par Nora Granovsky. Crédit : Ludo Leleu

Comédie de Picardie / de Mike Bartlett / mes Nora Granovsky

Nous l’avions quittée, il y a trois ans, dans l’univers de Guillaume Tell. C’est dans celui d’une famille anglaise de notre temps que nous retrouvons, aujourd’hui, la metteure en scène Nora Granovsky. L’artiste associée à la Comédie de Picardie crée Love, love, love de Mike Bartlett : une fresque familiale grinçante sur la désagrégation des utopies.

C’était à l’automne 2014, à Amiens, sur la scène de la Comédie de Picardie. Nous découvrions le travail de la jeune Nora Granovsky à l’occasion d’un spectacle adapté de Schiller : Guillaume Tell – Le Soulèvement*. Une création traversée par de belles énergies, mais encore un peu verte. Trois ans plus tard, l’univers de la metteure en scène (et directrice artistique de la compagnie lilloise BVZK) s’est affiné. On le retrouve à l’occasion de Love, love, love, une comédie en trois actes de l’auteur britannique Mike Bartlett (publiée aux Editions Actes Sud – Papiers) qui, de la fin des années 1960 au début des années 2010, suit l’évolution d’une famille. Il y a Kenneth (Bertrand Poncet) et Sandra (Jeanne Lepers), qui se rencontrent et tombent amoureux l’un de l’autre en 1967. Puis il y a Rose (Juliette Savary) et Jamie (Emile Falk-Blin), leurs enfants, dont on fait la connaissance adolescents, en 1990, avant de les retrouver à l’âge adulte, en 2011.

Des parents aux enfants : quelle idée de la transmission ?

Dans une scénographie de Pierre Nouvel usant du juste nécessaire (il signe également les vidéos), la mise en scène de Nora Granovsky déploie sens du concret et entrain. Précise, centrée sur le jeu d’un quatuor d’acteurs talentueux, elle investit tous les espaces de drôlerie qu’offre le texte sans oublier d’éclairer ses parts de violence, de noirceur et de désespérance. Car Love, love, love est certes une comédie, mais une comédie acerbe. Les décennies qui passent mettent à mal les utopies dans lesquelles a baigné la jeunesse peace and love de Sandra et de Kenneth. Après onze années de thatchérisme, après la mondialisation aveugle née au tournant du XXIème siècle, l’avenir de Jamie et de Rose semble tout sauf serein. Contrairement à celui de leurs parents qui, installés dans le confort de leur retraite dorée, envisagent de vider leur compte en banque pour partir faire le tour du monde. Quelle société et quelles valeurs ces survivants des Trente Glorieuses ont-ils transmis à leurs enfants ? L’heure des revendications vient à sonner. Ce sera aussi l’heure des règlements de compte.

Manuel Piolat Soleymat

* Critique dans La Terrasse n° 225, novembre 2014

A propos de l'événement

Love, love, love
du Jeudi 23 novembre 2017 au Mercredi 29 novembre 2017
Comédie de Picardie
62 Rue des Jacobins, 80000 Amiens, France

Les 23 et 24 novembre 2017 à 20h30, le 28 novembre à 14h15 et 20h30, le 29 novembre à 19h30. Durée de la représentation : 2h10. Spectacle vu lors de sa création, le 5 octobre 2017, à la Maison Folie de Wazemmes, à Lille. Tél. : 03 22 22 20 20. www.comdepic.com


 


Egalement les 11 et 12 novembre 2017 au Théâtre Jean-Vilar de Suresnes, les 14 et 15 décembre au Centre culturel de Bruay-la-Buissière, les 6 et 7 février 2018 au Cratère – Scène nationale d’Alès.


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