Théâtre - Critique

Théâtre de la Ville (Espace Pierre Cardin) / d’après le Journal de Vaslav Nijinski / mes Robert Wilson

Letter to a man

Publié le 28 décembre 2016 - N° 250

Le monument Bob Wilson met en scène l’immense Mikhail Baryshnikov autour d’extraits du Journal du mythique Vaslav Nijinski. Une rencontre de monstres sacrés qui malheureusement ne fera pas date.

Letter to a man est à l’Espace Pierre Cardin
CR : Lucie Jansch
Letter to a man est à l’Espace Pierre Cardin CR : Lucie Jansch

Le Théâtre de la Ville a élu domicile à l’Espace Pierre Cardin pendant ses travaux et c’est un heureux hasard. En effet, c’est dans ce même lieu, il y a 45 ans, qu’était présenté le Prologue, joué l’après-midi, qui offrait au public parisien une sorte d’avant-goût du Regard du sourd, joué au Théâtre de la Musique (devenu depuis la Gaîté lyrique). On sait le triomphe qu’a connu ce spectacle qui a révélé Bob Wilson en France et dans le monde et le statut de pièce révolutionnaire qu’il occupe désormais dans l’histoire du spectacle vivant. Trois ans plus tard, en 1974, Mikhail Baryshnikov demandait l’asile politique au Canada puis poursuivait aux Etats-Unis sa brillante carrière de danseur, qui lui vaut d’être aussi célèbre que ses mythiques compatriotes, Noureev et Nijinski. C’est autour du journal de ce dernier que s’est construit Letter to a man. Un journal tenu pendant trois mois, en 1919, par le danseur qui vient de se marier, après que son mentor et amant l’impresario Diaghilev l’a quitté, et alors qu’il est en train de glisser vers la folie. C’est donc un spectacle chargé d’Histoire que ce Letter to a man, chargé de figures tutélaires impressionnantes, tant par son sujet que pour ceux qui le créent.

Une pensée divaguante et saisie par l’angoisse

Respect gardé pour ces monstres sacrés, il faut bien convenir que Letter to a man ne connaîtra pas à son tour un fabuleux destin. Le journal de Nijinsky offre à découvrir une personnalité torturée par ses instincts charnels, honteux de « ses frasques avec les cocottes » parisiennes, de « besogner sa femme » cinq fois par jour, s’en voulant d’être « luxurieux ». L’ombre de Diaghilev s’y profile, celles de la guerre et d’une religion omniprésente se mêlent aux troubles de la personnalité d’un homme de trente ans qui clame à maintes reprises « Je ne suis pas le Christ ». Bob Wilson a largement élagué le texte pour donner à saisir les tourments du danseur à travers la répétition de phrases clé qui relatent le caractère obsessionnel d’une pensée divaguante et saisie par l’angoisse. Ces phrases enregistrées en anglais et en russe sont diffusées à travers les voix de Bob Wilson et de Lucinda Childs, qui a chorégraphié les déplacements de Mikhail Baryshnikov. Ce dernier, grimé à la manière d’un clown triste, redingote noire, chemise et gants blancs, offre l’époustouflante précision de son jeu de corps à une pantomime tout en brisures, en images saccadées, sur fond de scènes parfois kitsch qui évoquent les “vieux ballets“. C’est impeccable, court, mais cela ne nous a pas parlé.

Eric Demey

A propos de l’évènement
Letter to a man
du 28 décembre 2016 au 21 janvier 2017
Espace Pierre Cardin
1 Avenue Gabriel, 75008 Paris-8E-Arrondissement, France

à 20h30, le dimanche à 15h. Tel. : 01 42 74 22 77. Durée : 1h10.


Commentaires
1 commentaire(s)
  • Miss anais - le 19 janvier 2017 à 10 h 45 min

    J ai été très émue et je n étais pas la seule.

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