Théâtre - Critique

Le Pas de Bême

Le Pas de Bême, par la Compagnie Théâtre Déplié. Crédit : Martin Colombet

Critique
Le Monfort Théâtre / Festival (Des)illusions / de la Compagnie Théâtre Déplié / mes Adrien Béal

Né d’un processus d’écriture collective « au plateau » de la Compagnie Théâtre Déplié, Le Pas de Bême nous plonge dans une stimulante mise en jeu des notions d’objection et de complexité.

« Le théâtre est pour moi beaucoup plus le lieu de l’apprentissage et de l’expérience que celui de l’expression », nous confiait il y a quelques mois le metteur en scène Adrien Béal*. C’est exactement ce qui ressort du Pas de Bême, proposition élaborée à partir d’improvisations que présentent, aujourd’hui, au Monfort, les comédiens Olivier Constant, Charlotte Corman et Etienne Parc. Bême, de son prénom Julien, c’est L’Objecteur qui se situe au centre du roman publié par Michel Vinaver en 1951. Un jeune militaire qui, un jour comme un autre, sans préméditer son geste, et sans le relier à une quelconque décision idéologique, sort du rang et pose son arme à terre. Il répond ainsi à une sorte d’incapacité organique à continuer de vivre comme il le faisait jusqu’alors. Mais Bême, c’est aussi l’adolescent apparemment sans problème qui, dans la création de la Compagnie Théâtre Déplié, se met du jour au lendemain, dans un mouvement semblable à celui de son précurseur vinavérien, à rendre copie blanche à chacune des interrogations écrites organisées par ses professeurs.

Un théâtre qui se fabrique dans « l’ici et maintenant »

Ce sont les fondements hautement mystérieux de ce blocage, ainsi que les différents points de déflagration qu’il engendre dans l’entourage de l’adolescent (parents, élèves, corps enseignant…), que travaillent à mettre en perspective les talentueux interprètes du Pas de Bême. Faisant des aller-retours permanents entre les rangs des spectateurs et l’espace central délimité par un dispositif scénographique quadri-frontal, Olivier Constant, Charlotte Corman et Etienne Parc s’élancent avec adresse et authenticité dans une suite de tranches de vie quotidiennes. Tout se passe comme si ce spectacle profondément vivant créait, à travers les innombrables inflexions que les comédiens confèrent à la représentation, une forme inédite et non reproductible de théâtre. En nous plaçant de la sorte aux premières loges d’un monde qui ne parvient pas à délier l’opacité d’un état de fait, Le Pas de Bême se propose avant tout comme une expérience de la complexité. Une expérience joyeuse et sans enflure qui, loin de chercher à épuiser son sujet de manière explicative, s’applique à en dessiner les contours pour laisser deviner, en creux, ses différentes lignes de fuite.

Manuel Piolat Soleymat

 

* Interview dans La Terrasse n° 236, octobre 2015.

A propos de l'événement

Le Pas de Bême
du Mardi 1 mars 2016 au Lundi 11 avril 2016
Le Monfort
106 Rue Brancion, 75015 Paris, France

Le Monfort Théâtre, Parc Georges-Brassens, 106, rue Brancion , 75015 Paris. La Cabane. Festival (Des)illusions. Les 10 et 11 mars 2016 à 21h, les 12 et 13 mars à 17h, les 31 mars et 1er avril à 19h, les 2 et 3 avril à 15h. Durée de la représentation : 1h. Spectacle vu le 10 février 2016 à Montmeyran, dans le cadre du programme La Comédie itinérante de la Comédie de Valence. Tél. : 01 56 08 33 88. www.lemonfort.fr


 


Egalement du 1er au 4 mars 2016 au Tandem Arras-Douai, les 8 et 9 mars au Théâtre 95, le 25 mars au Théâtre du Garde-Chasse aux Lilas.


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