Théâtre - Entretien

Le Marchand de Venise (Business in Venice)

Crédit photo : Marie Pétry

Théâtre Olympia / de William Shakespeare / mes Jacques Vincey

Jacques Vincey revisite Le Marchand de Venise en l’arrachant à son contexte historique, pour « révéler les coutures », dit-il, d’une société et d’une économie au bord de l’explosion.

Pouvez-vous rappeler l’intrigue de la pièce ?

Jacques Vincey : Antonio, marchand vénitien, est sollicité par son meilleur ami qui souhaite lui emprunter de l’argent pour séduire une jeune femme richissime dont la fortune lui permettra de rembourser ses dettes. Antonio emprunte cet argent à l’usurier juif Shylock. Ce dernier lui propose, pour plaisanter, un contrat fou qu’Antonio accepte : s’il ne peut pas le rembourser, Shylock prélèvera sur lui une livre de chair. Antonio fait banqueroute, et Shylock s’entête à aller au bout du contrat, jusqu’à ce que les événements se retournent contre lui : il doit abjurer sa religion et abandonner sa fortune. La société chrétienne se retrouve après avoir éliminé le grain de sable qui grippait son fonctionnement, et remet en place des petits arrangements et des contrats pas très brillants qui permettent à ses membres de vivre ensemble.

 Comment traiter l’antisémitisme à l’œuvre dans ce texte 

J V. : Cette question est le cœur battant de la pièce. C’est une charge à la nitroglycérine qu’il faut traiter pour la violence de ce qu’elle représente. Notre première responsabilité est d’aborder la question de front, et en particulier de ne pas éluder les expressions contemporaines de l’antisémitisme, tel qu’il nous implique tous, de manière plus ou moins consciente. C’est aussi pour me confronter à cette question que j’ai pris la décision de jouer Shylock : la pièce impose cet engagement. Le génie de Shakespeare est aussi de mettre en face de Shylock une communauté chrétienne rongée par l’hypocrisie et le déni. La Venise riche et cosmopolite du XVIIème siècle est composée de gens qui se confortent dans leurs illusions et ne supportent pas qu’on refuse de rentrer dans leur jeu et qu’on nomme les choses : une dette est une dette et quand on passe un contrat, on se doit aux règles fixées.

« Je ne voulais pas laisser la pièce dans son jus historique. »

 

Comment l’adaptez-vous ?

JV. : Je ne voulais pas laisser la pièce dans son jus historique. Bien qu’écrite il y a plusieurs siècles, elle pourrait aussi préfigurer un futur proche. La pièce examine la manière dont la différence identitaire peut conduire à l’humiliation, à des comportements radicaux ou de défense violente, eux-mêmes nourris de la violence subie. Cette Venise renvoie à une économie globalisée dans laquelle on pourrait croire les discriminations dépassées, mais qui continue en réalité à produire humiliation et rancœur. Il est important de présenter cette pièce – rarement montée – aujourd’hui, alors que les crispations identitaires sont de retour. Pour laisser toute leur place à ces résonnances contemporaines, nous travaillons sur une nouvelle traduction et adaptation de mon dramaturge, Vanasay Khamphommala, retravaillée en fonction des propositions de mes collaborateurs artistiques, et bien sûr des acteurs. Nous avons cherché à rassembler une équipe à même de porter la diversité, mais aussi les tensions de cette Venise imaginaire, à coller au plus près de la réalité que nous construisons sur le plateau.

Catherine Robert

A propos de l'événement

Le Marchand de Venise (Business in Venice)
du Mardi 19 septembre 2017 au Mercredi 6 septembre 2017
CDR de Tours
7 Rue de Luce, 37000 Tours, France

Lundi et jeudi à 19h ; mardi, mercredi et vendredi à 20h ; samedi à 17h. Tél. : 02 47 64 50 50. Théâtre 71, 3, place du 11 novembre, 92240 Malakoff. Du 11 au 20 octobre 2017. Mercredi, jeudi et samedi à 19h30 ; mardi et vendredi à 20h30 ; dimanche à 16h. Tél. : 01 55 48 91 00. En tournée pendant la saison 2017-2018. Site : www.cdntours.fr


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