Théâtre - Entretien

Le Langage des cravates

Crédit : DR Légende : L’auteure et metteure en scène Sophie Gazel.

Entretien / Sophie Gazel
Théâtre de Belleville / texte et mes Sophie Gazel

Tests à l’embauche, nouveaux modes de management, suprématie des diplômes, dictature des statistiques… Avec Le Langage des cravates, Sophie Gazel nous plonge dans les excès du monde de l’entreprise. Une création qui s’aventure sur les terres du grotesque et lance un clin d’œil à l’univers de Jacques Tati.  

Dans Le Langage des cravates, vous éclairez les dérives de notre époque à travers l’usage de l’absurde. Qu’est-ce qui vous lie à ce procédé comique ?

Sophie Gazel : J’ai écrit cette pièce en Espagne, en 2012, alors que ce pays faisait face à la violence d’une crise économique et sociale sans précédent. Le Langage des cravates met en scène des individus perdus dans un monde qu’ils ne comprennent plus. Le burlesque et l’absurde permettent d’aborder ce thème sérieux de façon « non sérieuse ». Car le rire est libérateur. Savoir rire de soi-même nous amène à des prises de conscience bien plus puissantes que celles qui viennent de l’accablement.

« Si je me suis tournée vers le monde du travail en entreprise, c’est pour réfléchir à l’absurdité des mécanismes qui conduisent à un divorce entre l’homme et sa vie. »

Entre burlesque et caricature, la frontière est parfois étroite. Comment être sûr de ne pas tomber dans « le trop » ?

S. G. : Tout réside dans le dosage entre le sensible et la forme. Ce qui m’intéresse, c’est la stylisation des personnages, des dialogues et des situations. Le mouvement et le geste sont ma base de travail, les points d’ancrage essentiels qui permettent, avant même l’usage de la parole, de toucher aux rythmes du vivant. Mais il est vrai que la caricature n’est jamais très loin. L’enjeu de mon travail a donc été de trouver – avec les comédiens Matthieu Beaudin, Véronic Joly et Pablo Contestabile – l’endroit juste. Si l’on pousse la stylisation trop loin, on prend le risque de figer le jeu, de le rendre systématique. Il n’y a alors plus de vie…

Finalement, que souhaitez-vous dire aux femmes et aux hommes d’aujourd’hui à travers ce spectacle ?

S. G. : Je souhaite leur dire qu’il ne faut pas laisser l’humain reculer. Si je me suis tournée vers le monde du travail en entreprise, c’est pour réfléchir à l’absurdité des mécanismes qui conduisent à un divorce entre l’homme et sa vie. Dans ce monde de plus en plus absurde et cynique, il nous faut dire et tenir ce que l’on est, ce que l’on veut être. On dit que l’homme est un animal politique, mais c’est aussi un animal créatif, le plus créatif de tous les êtres vivants. Il est urgent de mettre notre part de créativité au service de l’humain.

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

Le Langage des cravates
du Lundi 6 novembre 2017 au Mardi 19 décembre 2017
Théâtre de Belleville
94 Rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris, France

Les lundis et les mardis à 19h15. Tél. : 01 48 06 72 34. www.theatredebelleville.com


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