Danse - Critique

Last Work

Crédit : Gadi Dagon Légende : Last Work d’Ohad Naharin par la Batsheva Dance Company.

Chaillot - Théâtre national de la Danse / Chor. Ohad Naharin

La Batsheva Dance Company revient à Chaillot avec une pièce étincelante d’Ohad Naharin, pleine d’émotions et d’inventions. Une oeuvre en prise avec son temps.

Il y a, en fond de scène, cette femme en robe qui court d’Est en Ouest inexorablement, sans avancer pour autant. Sa foulée implacable est au temps ce que l’éternité est aux sens : une grandiose vanité. Entre alors un homme, accélérant sa gestuelle hallucinante et désarticulée, puis un groupe collé serré. Son piétinement est, lui aussi, inéluctable, obstiné, implacable. Aussi chargée que le titre de cette pièce Last Work, la pièce qui occupe le plateau a une densité rare, et déploie une sorte de condensé chorégraphique du style Naharin. La façon dont des rythmes divergents s’accumulent dans un même ensemble, le mélange stylistique qui investit les corps et transforme instantanément une pose archaïque en figure symbolique de la danse classique (ou l’inverse), ainsi que l’animalité qui transparaît au détour d’un geste confèrent à la pièce une structure puissante, d’où émerge une dialectique entre le collectif et le singulier.

Rien ne sert de courir…

Devant s’appeler initialement The Baby, the Ballerina and Me, on entrevoit par moments des détails qui évoquent l’ancien titre. Ainsi des danseurs qui, à un moment, portent des langes, les berceuses qui éclipsent par moments la musique de Grisha Lichtenberger, ou un vieux tutu défraîchi… Mais surtout, c’est au niveau gestuel que l’on peut reconnaître cette genèse : une cinquième parfaite par ici, des déséquilibres et des positions invraisemblables qui rappellent les premiers pas, où toute verticalité est un combat. Last Work nous parle peut-être de l’aube de l’humanité, de l’effort accompli pour marcher – et finalement pour courir – peut-être à sa perte, tel qu’en témoigne le dernier tableau où tous sont agglutinés par des scotchs arachnéens. Il y a une sensation infinie dans ces corps qui se déploient jusqu’à l’extrême phalange, qui se tordent, rampent, s’écartèlent, se regroupent, et par moments s’envolent presque. Ces corps dont la déflagration hante nos mémoires bien longtemps après la fin du spectacle. Comme la course infinie et continue du temps.

 

Agnès Izrine

A propos de l'événement

Last Work
du Jeudi 8 juin 2017 au Vendredi 16 juin 2017
Chaillot - Théâtre national de la danse
1 Place du Trocadéro et du 11 Novembre, 75016 Paris, France

Jeu.8 et 15 à 19h30, ven. 9, sam. 10, mar. 13, mer. 14, ven. 16 à 20h30, sam. 10 à 15h, dim. 11 à 15h30. Tél. : 01 53 65 30 00. Durée 1h05. Spectacle vu le 29 juin 2015 au Festival Montpellier Danse.


Opéra Berlioz Le Corum, Esplanade Charles-de-Gaulle, 34000 Montpellier. Tél. :0 800 600 740.


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