Théâtre - Entretien

La pomme dans le noir

Marie-Christine Soma Crédit : PC Studio

MC93, Clarice Lispector, Marie-Christine Soma

Marie-Christine Soma adapte Le Bâtisseur de ruines de la Brésilienne Clarice Lispector. Un roman de réapprentissage bâti à partir d’un crime.

« Le Bâtisseur de ruines (1961), initialement intitulé « La pomme dans le noir » en portugais, est un peu à part dans l’œuvre de Clarice Lispector. Son exploration de l’intime y est un peu plus classique que dans le reste de son œuvre, et donc plus facilement transposable au théâtre. On y trouve en effet de nombreux passages dialogués, même si l’ensemble relève du flux de conscience. Un type d’écriture que j’ai déjà approché en 2010 à travers mon adaptation des Vagues de Virginia Woolf, et que Clarice Lispector aborde d’une manière très personnelle. Contrairement à l’auteure de Mrs Dalloway, elle reste toujours présente derrière ses personnages, ce qui crée une distance troublante mais toujours empathique. Si l’écriture est complexe, l’intrigue, elle, peut se résumer en quelques mots : dans le Brésil des années 60, un homme, Martin, tue sa femme et s’enfuit. Il arrive dans une ferme où il rencontre deux femmes qui le révèlent à lui-même. La pomme dans le noir est donc une pièce de réapprentissage de ce qu’est l’être humain. Chose dont nous avons à mon avis bien besoin aujourd’hui.

Théâtre d’après la chute

Le roman de Clarice Lispector a une dimension très organique qui me touche beaucoup, en partie sans doute parce que je viens du métier de la lumière. Sans vouloir représenter sur le plateau une ferme ni une campagne, encore moins le Brésil que je ne connais pas, je compte créer un espace fait de lumière et de matériaux bruts. Un lieu capable d’accueillir les mots bouleversants de l’auteure. Comme celui de Virginia Woolf, son langage établit une passerelle entre les genres d’une manière étonnante. Pour dire l’accès de Martin à une forme de féminité qui lui permet de se reconstruire, Clarice Lispector passe sans cesse d’une psyché masculine à une psyché féminine. Cette subtilité sera essentiellement portée par le jeu, qui oscillera entre l’incarnation et la distance. Pierre-François Garel, Dominique Reymond et Mélodie Richard seront tantôt Martin, Victoria et Ermelinda, tantôt eux-mêmes. Quant à Carlo Brandt, qui incarnera successivement plusieurs personnages secondaires du roman, il sera l’émanation de la narratrice, le relai entre les protagonistes principaux et le public, avec qui j’aime avant tout partager des écritures peu connues. »

Propos recueillis par Anaïs Heluin

A propos de l'événement

La pomme dans le noir
du Mercredi 20 septembre 2017 au Dimanche 8 octobre 2017
MC93
9 Boulevard Lénine, 93000 Bobigny, France

du mardi au vendredi à 20h, le samedi à 18h, le dimanche à 16h. Durée : 2h30. Tel : 01 41 60 72 61. www.mc93.com.


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