Théâtre - Critique

La neuvième nuit, nous passerons la frontière

Crédit : Pascal Gely Légende : Nach et Roland Gervet dans La neuvième nuit, nous passerons la frontière.

Maison des métallos / conception et mes Marcel Bozonnet

Avec sa compagnie Les Comédiens Voyageurs, Marcel Bozonnet croise parole scientifique et poétique pour aborder les grands sujets de nos sociétés. Une démarche exigeante, dont sa dernière création consacrée au drame des migrants peine à rendre compte.

Après avoir dirigé la Comédie-Française, Marcel Bozonnet ne s’est pas contenté de se convertir au nomadisme en créant sa compagnie : il a fait de la mobilité le cœur de son travail. La base d’un théâtre humaniste qui invite au déplacement des regards et à l’annulation des frontières. Après Chocolat, clown nègre (2012) consacré au premier clown noir et Soulèvement(s) (2015) où il interrogeait l’élan révolutionnaire, il s’empare d’un sujet qui commence à s’imposer sur les scènes françaises : le drame des migrants. Contrairement à Sidney Ali Mehelleb dans Babacar ou l’antilope présenté en ouverture de saison au Théâtre 13 ou encore à Aziz Chouaki dans Esperanza, mis en scène par Hovnatan Avédikian et créé début mars au Théâtre National de Nice, Marcel Bozonnet n’a recours à la fiction que de manière marginale. À travers quelques vers du prix Goncourt Atiq Rahimi et quelques bribes de textes de Brecht accompagnant les mots du Couloir des exilés de l’anthropologue Michel Agier et des témoignages recueillis par celui-ci. Le krump de Nach et de Adelaïde Desseauve aussi, qui partagent en alternance le plateau avec le comédien Roland Gervet. Mosaïque de discours et de présences diverses conçue pour aller à la rencontre de publics variés, souvent éloignés du théâtre, La neuvième nuit, nous passerons la frontière promettait une traversée mouvementée. Parole scientifique et littéraire se croisent hélas trop timidement pour répondre pleinement à cet horizon d’attente.

Odyssée des déplacés

 Programmée en mars par la MC93 dans des lycées, gymnases, centres sociaux et autres lieux non théâtraux de Seine-Saint-Denis, la dernière création des Comédiens Voyageurs a pu prouver ses vertus pédagogiques. L’efficacité et l’intelligence de son explication d’un phénomène complexe. C’est là sa plus grande qualité. Bien que décrit comme le calvaire de celui qui est « privé de tout, même de la noblesse qu’on accordait à l’exil », l’errance du réfugié manque dans La neuvième nuit, nous passerons la frontière d’étoffe tragique autant que de teneur poétique. Deux choses qui auraient pu naître de l’écart séparant les différents matériaux rassemblés par Marcel Bozonnet, Michel Agier et la journaliste Catherine Portevin. Construit autour du dédoublement entre la figure du migrant incarnée par la danseuse et celle de l’« homme-frontière » défini par l’anthropologue comme un individu devenu cosmopolite à force d’habiter un entre-deux, le montage de textes résonne de manière étonnamment homogène. Comme si les observations du scientifique avaient déteint sur la poésie et les récits de voyages forcés, et inversement. Si l’on voit bien comment ils ont cherché à dépasser le théâtre d’agitprop, les Comédiens Voyageurs se sont arrêtés en route.

 

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

La neuvième nuit, nous passerons la frontière
du Mardi 18 avril 2017 au Dimanche 23 avril 2017
Maison des Métallos
94 Rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris, France

Du 18 au 23 avril, du mardi au vendredi à 20h, le samedi à 19h et le dimanche à 16h. Tel : 01 47 00 25 20. www.maisondesmetallos.paris. Durée : 55 min.


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