Avignon - Entretien / Jean-François Matignon

La Fille de Mars

Crédit : Fabien Sabre Légende : Jean-François Matignon, metteur en scène de La Fille de Mars.

Gymnase Paul Giéra / d’après Heinrich von Kleist / mes Jean-François Matignon

Cinq ans après W/GB84, Jean-François Matignon revient au Festival d’Avignon avec une adaptation de Penthésilée de Heinrich von Kleist. Une nouvelle occasion, pour le fondateur de la Compagnie Fraction, de rendre compte du fracas du monde. 

Vous définissez La Fille de Mars comme une « libre adaptation » de Penthésilée. En quoi a consisté ce travail d’adaptation et quelles libertés avez-vous prises avec l’œuvre de Kleist ?

Jean-François Matignon : La Fille de Mars ne reprend pas l’intégralité du texte de Penthésilée. Des coupures ont été effectuées, mais aucun mot ajouté à la pièce de Kleist. La chronologie, elle, a été reconstruite : quand le spectacle débute, tout a déjà eu lieu. On commence avec l’avancée d’une femme, une Penthésilée qui raconte l’histoire des amazones. Ce récit fait se dérouler, une nouvelle fois, l’action de la pièce et entraîne l’apparition d’une deuxième Penthésilée. Celle-ci revit ces événements, sous nos yeux et sous les yeux de la première Penthésilée, qui est là comme une sorte de revenante.

Pourquoi avoir imaginé cette forme de flash-back ?

J-F. M. : Ce n’est pas tant un flash-back qu’une manière de reparcourir l’histoire. Il y a d’une part le récit raconté par la revenante et, en même temps, des éléments de ce récit qui prennent corps sur le plateau. C’est une façon de convoquer la question des revenants qui, pour moi, est très proche de l’essence du théâtre, une façon de se demander ce qu’est un personnage et dans quelle mesure l’acteur l’incarne, le pénètre, le porte… Je crois que ce parti-pris offre au spectacle une grande diversité de qualités d’incarnation.

« Le fait d’éclater le personnage en plusieurs présences permet d’éclairer différemment l’un ou l’autre de ses aspects. »

La question de l’incarnation est une chose qui vous a toujours intéressé…

J-F. M. : Effectivement. Le fait d’éclater le personnage en plusieurs présences permet d’éclairer différemment l’un ou l’autre de ses aspects. On peut ainsi avoir plusieurs instruments pour jouer et raconter l’histoire. Ici, on est face à une Penthésilée qui a déjà vécu son existence et aussi face à une autre, plus jeune, qui déploie des énergies différentes. La première a déjà traversé le grand saut, la mort, elle a déjà connu la catastrophe. La seconde avance vers ces événements. Toutes deux dégagent des énergies contradictoires sur le plateau. Avec cela, je pense que l’on peut tisser des choses absolument passionnantes.                                               

Vous avez fondé, en 1988, la Compagnie Fraction. De quelle façon les engagements qui étaient à l’origine de cette aventure artistique se perpétuent-ils aujourd’hui dans cette nouvelle création ? 

J-F. M. : Le plateau, pour moi, est comme une chambre d’échos de ce que je peux percevoir du fracas qui vient de l’extérieur. Une chambre d’échos qui me permet d’explorer des espaces mentaux complexes. Cette complexité intime rejoint ce qui, je crois, est l’une des caractéristiques du monde dans lequel nous vivons : l’état de guerre. Voilà, en quelques mots, la colonne vertébrale qui court depuis toutes ces années dans mes spectacles et qui se réinvente, aujourd’hui, dans La Fille de Mars.

 

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

La Fille de Mars
du Mercredi 19 juillet 2017 au Lundi 24 juillet 2017
Festival d’Avignon. Gymnase Paul Giéra
55 Avenue Eisenhower, 84000 Avignon, France

à 18h, relâche le 22. Tél : 04 90 14 14 14. Durée estimée : 2h.


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