Classique / Opéra - Portrait / Dominique Preschez

La double vie de Dominique

© L. Désert

PARIS / DEAUVILLE / PORTRAIT

Musicien et écrivain né en 1954, ancien élève de Germaine Tailleferre et Henri Sauguet, ami de Jean-Louis Florentz qui le révèle à la composition, Dominique Preschez présente en première mondiale son Concerto da camera pour guitare, soprano, quintette à cordes et timbales. En concert à l’Oratorio du Louvre à Paris puis à Deauville, cette création est accompagnée de la parution d’un enregistrement (« Mélodies & Concertos », label Polymnie / CDPAC) regroupant cinq de ses œuvres récentes.  Autant de partitions recomposant de manière troublante un passé disparu, suite à l’expérience dramatique d’un AVC et de dix ans de réapprentissage à la vie.  

Artiste double, Dominique Preschez est à la fois et tout autant musicien -compositeur, organiste, improvisateur et pédagogue – et homme de lettres – romancier, poète, traducteur et éditeur. Les fées s’étaient d’abord généreusement penchées sur son berceau en le dotant de tous ces talents. Avant de s’en détourner un jour de juin 1992 où, à l’âge de 38 ans, victime d’un AVC et d’une rupture d’anévrisme qui le plongent plusieurs semaines dans le coma, sa vie bascule dans le chaos. « J’ai connu littéralement une renaissance… prévient-il d’emblée. Jusqu’ à l’âge de 38 ans, j’avais écrit beaucoup de livres, j’avais vécu dans l’invraisemblable tournoiement de l’écrit, « dans la nuit noir de l’encrier » comme disait Mallarmé. J’ai plongé très loin dans ma vie tiraillée entre la musique et la littérature. Et puis il y a eu cette rupture d’anévrisme. Heureusement, j’ai été sauvé. Mais je me suis éveillé comme un autre : j’étais tout à fait différent, même biologiquement. En renaissant, j’ai dû réapprendre tous les langages parce que j’en avais été totalement dépossédé. Tout cela m’a pris beaucoup d’années, de 38 à 50 ans, moment où j’ai repris toutes mes facultés, avec finalement l’énergie d’un jeune homme de 18 ans ! Je me suis aussi réappris moi-même, avec un besoin de ressentir énormément les autres, tout ce qui était présent dans ma vie » confie l’artiste.

Au passé recomposé

Depuis ces longues années de réapprentissage, Dominique Preschez n’en finit pas de revenir à la création et au bonheur de vivre, toujours partagé, à égalité, entre la musique (le matin) et l’écriture (le soir, souvent dans les cafés de Paris). Sa quête musicale semble mue par le désir de recomposer le passé et de faire revivre des êtres aimés. Ce sera encore le cas dans son Concerto da camera bientôt joué à Paris en création mondiale, écrit à la mémoire de deux amis très chers aujourd’hui disparus. « Je les inscris dans ma musique. J’ai l’impression de recouvrer la voix des anges. Comme créateur, je vis au jour le jour, non pas dans la nostalgie impossible de l’avant mais dans l’instant, avec l’idée de recomposer quelque chose du passé » explique-t-il. L’un de ses interprètes privilégiés, le guitariste Sébastien Llinares (soliste avec la soprano Elise Chauvin de sa nouvelle œuvre) souligne sa « libre esthétique lyrique, ouverte, sans cesse en mutation, dans l’héritage musical de André Jolivet, Henri Sauguet et Henri Dutilleux, en lesquels il se reconnaît », car son langage appartient à une certaine tradition musicale française.  « J’aime le lyrisme. Je suis dans cette lignée très mélodique de la musique française, mais j’aime aussi toutes les imprégnations des musiques du monde » confirme Dominique Preschez. Intellectuel raffiné, humaniste et hédoniste, Dominique Preschez se distingue, forcément influencé par son expérience violente de la maladie, par son désir de faire chanter dans sa musique l’amour simple de la vie, des êtres et de la nature, dans une veine expressionniste qui, à l’instar de ses grandes admirations musicales – Sauguet qui fut son professeur mais aussi par exemple Milhaud ou Ives -, se nourrit de toutes les rencontres et métissages.

 

Jean Lukas

A propos de l'événement

La double vie de Dominique
du Jeudi 5 octobre 2017 au Samedi 7 octobre 2017
Oratoire du Louvre
145 Rue Saint Honoré, 75001 Paris, France

Jeudi 5 octobre à 20h30. Tél. 06 07 58 16 85. Places : 5 à 10 €.


Deauville. Eglise Saint-Augustin. Samedi 7 octobre à 20h30. Entrée libre.


Avec Elise Chauvin (soprano), Sébastien Llinares (guitare), l’Ensemble Vinteuil, Jean-Marc Mandelli (timbales) et Thierry Pélicant (direction musicale).


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