Théâtre - Critique

La Danse de mort

Jean Alibert, Pierre Baux et Hélène Theunissen dans La Danse de mort. Crédit : Pascal Gély

La Reine Blanche / d’August Strindberg / mes Stuart Seide

Stuart Seide met en scène La Danse de mort de Strindberg avec une maestria jubilatoire. Jean Alibert, Pierre Baux et Hélène Theunissen en sont les extraordinaires interprètes. Un spectacle à ne pas rater.

Lecture pointilleuse du texte et parfaite élucidation de ses enjeux ; dissection au scalpel de la psychologie des personnages et des relations qui les lient ; décor et costumes épurés qui suffisent à suggérer les conditions de l’intrigue sans besoin des colifichets inutiles de l’hyperbole spectaculaire ; texte remarquablement traduit qui sonne en français comme si c’était sa langue ; mise en scène réglée au millimètre sans le moindre faux pas, sans la moindre fausse note : le travail dirigé par Stuart Seide est parfait. L’ensemble compose l’écrin d’un théâtre de l’acteur qui brille par son intelligence. Il provoque cet intense plaisir esthétique que seuls savent faire naître les véritables maîtres du jeu. Jean Alibert, Pierre Baux et Hélène Theunissen sont de ceux-là et leur talent est à la hauteur de la trempe des personnes monstrueuses qu’ils incarnent. Sur une île de garnison isolée et apparemment désertée par tous ceux qui ont voulu sauver leur peau et leur raison (au premier rang desquels les enfants du couple), le capitaine et sa femme vivent dans une haine qui contamine tout ce qui les entoure. Alice et Edgar s’apprêtent à fêter leurs noces d’argent pour resserrer encore les nœuds qui les étranglent.

Nœud de vipères

L’hystérique trouve dans le pervers le maître sur lequel régner. L’équilibre de leur relation n’est un mystère incompréhensible que pour ceux qui n’admettent pas que la haine est l’envers de l’amour plutôt que son échec. A ce jeu-là, force est d’admettre qu’Alice et Edgar se sont trouvés ! Théâtralisant leur existence médiocre et solitaire à grand renfort de répliques assassines et de piques fielleuses, ils sont pétrifiés dans le reproche et le remords d’avoir sacrifié à leur union les rêves et les espoirs de leur jeunesse. L’arrivée du cousin Kurt semble une respiration : sa présence ne fait que renforcer la folie des époux qui virevoltent de plus belle dans le tourbillon de leur détestation. La comédie des affects est d’autant plus excitante quand celui qui y assiste en devient acteur à part entière… Les trois comédiens campent les tristes héros de ce huis clos épouvantable avec une aisance éblouissante et une justesse sidérante. Les répliques cinglent avec un mordant d’une redoutable efficacité et la maîtrise de l’équilibre entre la tragédie et la farce grotesque est remarquablement tenue. Car, enfin, il faut avouer qu’on rit beaucoup devant ce jeu de massacre délirant : Stuart Seide se garde bien de faire des personnages de Strindberg des neurasthéniques ennuyeux ou de vains excités. Ils sont génialement méchants et ne provoquent ni pitié ni mépris. On s’aime parfois comme cela… Le théâtre, lorsqu’il est la vie même, n’est pas supposé nous en consoler !

Catherine Robert

A propos de l'événement

La Danse de mort
du Mercredi 27 septembre 2017 au Dimanche 29 octobre 2017
Théâtre de la Reine Blanche
2bis Passage Ruelle, 75018 Paris, France

Du mercredi au samedi à 20h45 ; le dimanche à 15h30. Tél. : 01 40 05 06 96.


 


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