Théâtre - Entretien

La Danse de Mort

Stuart Seide Crédit : DR

La Reine Blanche / de August Strindberg / mes Stuart Seide

Pour Stuart Seide, le théâtre de Strindberg est un puissant révélateur de la part d’ombre de l’humanité. Avec son habituelle recherche d’épure, il met en scène La Danse de Mort.

Votre travail s’articule essentiellement autour des œuvres de Shakespeare et de Pinter. De quel côté se situe pour vous Strindberg ?

Stuart Seide : En termes d’écriture plutôt du côté de Pinter, avec une réflexion sur le masque social que je trouve assez shakespearienne. Je vois aussi dans La Danse de Mort une dimension très beckettienne, et ce dès la première scène entre l’ancienne actrice Alice et son mari Edgar, capitaine autoritaire. Soit la préparation de leurs noces d’or, perturbée par l’arrivée inattendue d’un vieil ami. Les jeux de ces deux personnages isolés sur une île de garnison dans une citadelle, peuvent en effet faire penser à ceux de Vladimir et Estragon dans En attendant Godot : sans autre fonction que de tromper l’attente, ils se répètent jusqu’au vertige avec une grande cruauté.

En quoi ce traitement absurde de l’intime vous intéresse-t-il ?

S.S : Strindberg arrive sublimement à mêler le drôle et l’affreux. Car on rit beaucoup dans La Danse de Mort. Pleines de mauvaise foi et de stratégies de domination, les querelles du couple disent la difficulté à vivre à deux et en société d’une façon tout à fait moderne. Cette pièce est la seule de Strindberg à ne pas être sexiste : l’homme et la femme y sont à égalité dans leur violence aussi bien que dans leur besoin de l’autre.

« Strindberg arrive sublimement à mêler le drôle et l’affreux. »

La pièce est toutefois ancrée dans la Suède de la fin du XIXème siècle.

S.S : On y trouve en effet quelques références à ce contexte spatio-temporel, mais ce n’est pas ce sur quoi je veux insister. Si les trois personnages de la pièce appartiennent à une société patriarcale du passé, ce qui se passe entre eux et à l’intérieur d’eux échappe au temps. C’est pour moi le nerf de l’œuvre, que je veux porter sur scène avec la plus grande épure possible. Cela à l’image de l’écriture de Strindberg dont le traducteur Terje Sinding rend parfaitement la précision et l’apparente simplicité.

Comment les comédiens Jean Alibert, Pierre Baux et Hélène Theunissen se mettront-ils au diapason de cette épure ?

S.S : La Danse de Mort préfigure selon moi l’expressionnisme et m’évoque aussi Huis clos de Sartre. Les comédiens joueront dans cet esprit-là, en incarnant trois personnages écorchés dans une atmosphère cauchemardesque. Jean Alibert et Hélène Theunissen, avec qui j’ai déjà travaillé, sont en fait à l’origine du spectacle. Ils avaient envie de se retrouver ensemble sur le plateau, et sont venus vers moi avec le texte. Je leur ai adjoint Pierre Baux, avec qui je collabore pour la première fois. Leur goût de l’écriture de Strindberg est très précieux pour le projet, car l’art de l’acteur est pour moi l’essence du théâtre. Tout le reste est à son service.

 

Propos recueillis par Anaïs Heluin

A propos de l'événement

La Danse de Mort
du Mercredi 27 septembre 2017 au Dimanche 29 octobre 2017
La Reine Blanche
2 Passage Ruelle, 75018 Paris, France

du mercredi au samedi à 20h45, les dimanches à 15h30, les 12 et 19 octobre à 14h30. Durée : 1h40. Tel : 01 40 05 06 96. www.reineblanche.com.


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