Théâtre - Entretien

Juste la Fin du monde

© Olivier Allard Jean-Charles Mouveaux reprend Juste la Fin du monde, présenté en juillet dernier à Avignon au Théâtre du Petit Louvre.

Reprise / Studio Hébertot / de Jean-Luc Lagarce / mes Jean-Charles Mouveaux

Jean-Charles Mouveaux a renouvelé sa lecture de Lagarce en reprenant Juste la fin du monde, qu’il interprète avec Vanessa Cailhol, Philippe Calvario, Jil Caplan et Chantal Trichet.

Pourquoi choisir cette pièce ?

Jean-Charles Mouveaux : Je l’ai déjà montée il y a une douzaine d’années. C’est mon texte fétiche, mon Lagarce de chevet ! Que ce soit dans le cadre de lectures ou de mises en scène, j’ai à peu près travaillé sur toute son œuvre. Y revenir s’intègre donc dans un cycle personnel important, puisque je retrouve mon premier grand bonheur artistique et public, et la pièce avec laquelle j’ai commencé le théâtre en tant que professionnel. Mais en ces temps bien sombres, il me semblait aussi important de la faire entendre.

Pourquoi ?

J.-C. M. : En sous-texte, cette pièce traite de l’homosexualité, de l’acceptation de l’autre, de la maladie. Depuis la Manif pour tous et d’autres événements du même acabit, on ne soupçonnait pas possible que ressurgissent des idées qui semblaient enterrées à jamais. Cela m’a troublé et, disons-le, mis dans une grande colère.

« La famille est éternellement tragique et chaotique. »

S’agit-il alors d’une pièce politique ?

J.-C. M. : Les préoccupations sous-jacentes sont sociétales, plutôt que politiques. Un homme de trente-quatre ans rentre dans sa famille, après plusieurs années d’absence. Il annonce aux siens sa mort « prochaine et irrémédiable ». Il n’en dit pas les raisons. Il se retrouve face à une famille qui a besoin d’explications et ne lui laisse pas le temps de parler : eux aussi ont des choses à lui dire. Louis repart chez lui sans dire pourquoi il était venu. La famille est éternellement tragique et chaotique. Derrière portes et fenêtres fermées, se cachent beaucoup de drames. Le sujet est inépuisable. Et je n’ai pas l’impression que les choses évoluent, étant donnés les relents nauséabonds du moment… Lagarce est toujours d’époque, d’actualité. On n’est pas chez Hervé Guibert. Les choses ne sont pas nommées, elles sont insinuées, on les comprend par déduction. La sexualité n’apparaît pas : il n’en est pas question dans le texte. On tourne autour. Ainsi la belle-sœur explique que son fils s’appelle Louis, « parce qu’on sait que vous n’aurez jamais d’enfants », comme elle dit… C’est tout cela aussi qui crée la drôlerie, car c’est une pièce drôle, j’insiste !

En quoi ?

J.-C. M. : D’abord dans la façon de construire les phrases. Les personnages sont toujours en train de se corriger, comme saisis par l’angoisse de ne pas trouver la bonne conjugaison, le bon accord. Cette correction permanente crée un effet comique, en plus des répliques et des situations souvent drôles. Le rire de Lagarce n’est pas moqueur ; paradoxalement, il y a beaucoup de tendresse dans cette pièce. On ne peut pas détester ces personnages, même si on ne peut pas les aimer complètement…

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

Juste la Fin du monde
du Jeudi 26 avril 2018 au Samedi 30 juin 2018
Studio Hébertot
78bis Boulevard des Batignolles, 75017 Paris

du jeudi au samedi à 21h. Tél : 01 42 93 13 04.


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