Théâtre - Critique

J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne

J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne, mis en scène par Chloé Dabert © Christophe Raynaud de Lage

Théâtre du Vieux-Colombier / de Jean-Luc Lagarce / mes Chloé Dabert

Avant Iphigénie programmé au prochain Festival d’Avignon., Chloé Dabert se confronte à l’avant-dernière pièce de Jean-Luc Lagarce. Bien que porté par un beau quintette d’actrices, ce huis clos autour d’un absent pâtit d’un rejet trop absolu de la part organique du texte.

L’œuvre de Jean-Luc Lagarce ne tombera pas de sitôt dans l’oubli. Tandis que la dernière reprise de La Cantatrice chauve de Ionesco par sa troupe s’achève le 3 février à l’Athénée, et que Le Pays lointain dans la mise en scène de Clément Hervieu-Léger poursuit sa tournée, c’est Chloé Dabert qui se mesure à l’univers de retrouvailles et d’abandons de l’auteur décédé en 1995. Entré avec Juste la fin du monde au répertoire de la Comédie-Française en 2008, Jean-Luc Lagarce y revient grâce à elle avec J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne. « Une lente pavane des femmes autour d’un jeune homme endormi », lit-on dans le synopsis écrit par l’auteur pour la publication du texte aux Solitaires Intempestifs. Une pièce où « on lutte une fois encore, la dernière, à se partager les dépouilles de l’amour », dont les cinq protagonistes pourraient « s’appeler aussi Electre, Chrysotémis, Iphigénie, Clytemnestre et la Femme Captive, La Troyenne ». Découverte en 2013 par Eric Ruf dans le cadre du festival Impatience, dont sa glaçante mise en scène de Orphelin de Dennis Kelly remportait alors le Prix, Chloé Dabert prend au mot cette référence à la tragédie antique. Dans l’espace immaculé conçu par Pierre Nouvel, Cécile Brune (La Plus Vieille), Clothilde de Bayser (La Mère), Suliane Brahim (L’Aînée), Jennifer Decker (La Seconde) et Rebecca Marder (La Plus Jeune) se tiennent en effet comme des statues que seule la prise de parole restitue à la vie. Et encore, d’une manière souvent détachée. Presque mécanique.

Dans l’ombre de l’absent

Interprété face au public par Suliane Brahim, le monologue d’ouverture promet pourtant une traversée en profondeur des longues phrases tout en heurts et en répétitions de Jean-Luc Lagarce. Avec un sourire ambigu qu’elle chargera de nuances tout au long de la pièce, la comédienne dit le retour du garçon disparu et attendu depuis des années. Elle crache ses phrases puis y revient, de honte de s’être trop rapidement dévoilée, dirait-on, mais aussi par plaisir. Par goût des mots qui coulent dans la gorge même si tout est fini. Même si, à peine revenu, l’homme s’est écroulé et repose depuis dans un lit, entre la vie et la mort. Si tant est qu’il soit vraiment là. Les quatre autres comédiennes qui la rejoignent dans son lamento s’emparent du texte d’une manière plus univoque. Dans un souffle qui les porte et les fait vaciller sans les faire frémir. Inspiré de son ancêtre grec mais plus fragmentaire, tout en dissonances et en contradictions, le chœur qu’elles forment ensemble échoue ainsi à être le lieu de la reconquête du féminin à laquelle invite la partition complexe de Jean-Luc Lagarce. Chez Chloé Dabert, l’attente du masculin fige non seulement les corps, mais aussi la part organique du texte. Celle qui, sans compenser la perte et la mort qui hantent le théâtre de l’auteur, offre un réconfort. Ne serait-ce que le temps d’une représentation.

 

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne
du Jeudi 25 janvier 2018 au Dimanche 4 mars 2018
Théâtre du Vieux-Colombier
21 rue du Vieux Colombier, 75006 Paris,

À 20h30 du mercredi au samedi, à 19h les mardis et à 15h les dimanches. Tel : 01 44 58 15 15. www.comedie-francaise.fr


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