Avignon - Entretien / SIMON STONE

IBSEN HUIS

Légende : Simon Stone © Jan Versweyveld

Cloître des célestins / d’après Henrik Ibsen / texte et mes SIMON STONE

Acteur, metteur en scène et auteur australien, Simon Stone s’est fait connaître du public français avec Thyestes en 2015 à Nanterre- Amandiers et Medea en juin 2017 au Théâtre de l’Odéon. Son approche privilégie l’adaptation contemporaine des classiques et un travail de chef de troupe. Sa première création à Avignon est une réécriture de plusieurs pièces d’Ibsen autour du thème de la maison, façon d’explorer les problématiques liées à la famille, ses crises et ses blessures.

En quoi la maison est-elle centrale chez Ibsen ?

Simon Stone : Ibsen est le premier à avoir placé un intérieur petit-bourgeois sur la scène : le banal décor de la vie quotidienne accède au rang des plus grandes tragédies. Jusqu’alors, il avait écrit des drames qui se déroulaient sur des champs de batailles, ses personnages principaux étaient des personnages mythologiques, des rois ou des princesses. Son théâtre a ensuite connu une grande révolution qui l’a amené à se focaliser sur des personnages de la classe moyenne. Pour moi, c’est merveilleux de transformer ces pièces pour les déployer dans une grande saga familiale qui irait de 1964 à 2017.

« J’utilise les thèmes et les motifs d’Ibsen pour écrire une pièce qui reflète la société d’aujourd’hui.»

Pourquoi ne pas avoir utilisé une pièce existante comme La Maison de poupée ?

S. S. : Il est probable que le public reconnaîtra des pièces, des scènes ou des personnages, mais j’ai écrit une pièce complètement nouvelle. La question est plutôt : comment perpétuer la tradition d’Ibsen en montrant la vie quotidienne d’une famille ? Ses pièces précisent toujours qu’elles se passent maintenant, au présent. Si aujourd’hui vous les représentez dans l’époque d’alors, cela ne correspond plus à ce qu’il souhaitait, dans le sens où la société n’est plus la même. Ce serait en faire une pièce de musée.J’utilise les thèmes et les motifs d’Ibsen pour écrire une pièce qui reflète la société d’aujourd’hui, un peu comme il le ferait s’il était toujours vivant.

Pourquoi éprouvez-vous le besoin d’adapter les classiques à notre monde contemporain ?

S. S. : Le théâtre est la forme la plus contemporaine et la plus présente de tous les arts : il existe ici et maintenant, et il n’existera plus jamais de la même façon, parce que l’époque et l’énergie du public sont complètement différents. En ce sens, c’est la forme la plus futuriste des arts. Tous les autres arts contiennent quelque chose de figé, comme un tableau peint il y a 400 ans dans lequel vous voyez ce qui a été vu à l’époque. C’est pourquoi il est important pour moi d’abolir les barrières qui peuvent exister pour le public, de manière à lui faire oublier tout ce qui pourrait le distraire, comme le fait que la pièce se passe dans une autre époque ou dans un autre lieu.

Pourquoi ne pas choisir un auteur contemporain ?

S. S. : Je l’ai fait parfois mais cela prend quatre ans d’imaginer une histoire, de faire des recherches, d’écrire plusieurs versions d’un texte… Regardez  Phèdre : Racine a pris une histoire qui existait déjà, que tout le monde connaissait, une intrigue qui fonctionnait et grâce à laquelle il pouvait parler de ses préoccupations. C’est une façon finalement très pragmatique de montrer le monde. Et pour le public aussi, c’est intéressant ce choc de voir élever au rang de mythologie ce qu’il peut lire chaque matin dans le journal.

 

 

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Isabelle Stibbe

A propos de l'événement

IBSEN HUIS
du Samedi 15 juillet 2017 au Jeudi 20 juillet 2017
Festival d’Avignon. Cour du Lycée Saint-Joseph
62 Rue des Lices, 84000 Avignon, France

à 22H, relâche le 17. Spectacle en néerlandais surtitré en français. Durée estimée : 4h entracte compris.


 


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