Les contenus de la formation : comment apprendre à devenir acteur '
Comment apprendre à devenir acteur ' Que doit-on enseigner ' Entre autres paramètres, technique, culture littéraire, imprégnation et appropriation se combinent, pour préparer l'apprenti comédien à se confronter au texte dans sa réalité scénique, pour qu'il s'imprègne véritablement du rôle, intérieurement. Un exercice qui traduit l'affirmation d'une liberté au c'ur de multiples contraintes. Un apprentissage qui se poursuit tout au long de la vie, et nécessite un travail considérable. Pour répondre à cette question du contenu de la formation, divers points de vue expriment leur singularité, celui d'universitaires : Anne Ubersfeld et Georges Banu, de metteurs en scène pédagogues : Ariane Mnouchkine, Daniel Mesguich, Jacques Lassalle et Philippe Adrien, avec un détour par l'ARTA de Jean-François Dusigne et Lucia Bensasson, celui d'acteurs au talent indiscutable, Maurice Bénichou et Michel Bouquet.

Entretien Ariane Mnouchkine

Ariane Mnouchkine : L?art de mettre au monde l?acteur.

L'art de mettre au monde l'acteur.
Pour Ariane Mnouchkine, le metteur en scène n?est pas un enseignant qui serait apte à transmettre un savoir. C?est un praticien qui cherche à entraîner et cultiver le don humble et aventureux de l?acteur, ouvert sur l?imaginaire.

Est-ce qu'il peut y avoir un enseignement pur du théâtre '

Ariane Mnouchkine : Non. L'art de la mise en scène est une maïeutique, telle une sage-femme qui peut aider celle qui va accoucher, mais ne peut pas montrer comment on met au monde. On ne fabrique pas un acteur. Chaque mise en scène est un départ en expédition qui véhicule des lois mercurielles et volatiles, dont nous sommes fort oublieux. Mais l'énoncé de ces lois ne suffit pas, une loi n'est pas immédiatement applicable par le comédien. Le comédien croit qu'il écoute, il n'écoute pas, il imagine, il répond à un cliché. Le metteur en scène têtu et exigeant reste un pédagogue. La versification, la diction, la respiration et le chant sont des disciplines techniques dont le metteur en scène n'est pas le meilleur enseignant. Comment restituer la façon de dire un vers qui ne soit pas un corset ' L'apport du metteur en scène n'est pas technique, mais relèverait plutôt d'un entraînement à cultiver ce don de la crédulité, là où commence le mystère. Certains acteurs trébuchent, bégayent mais ils croient, tandis que d'autres ont de la bouteille dans le métier, mais ne croient pas. Se faire passer après fait partie du don.

Peut-on être comédien quand on n'a pas de don '

A. M. : Chaque être humain a un don, certains sont plus favorisés que d'autres. L'acteur fraie avec l'imaginaire en travaillant, en ne laissant jamais le soi ni l'intellect passer devant. Une troupe reste tout de même la meilleure école. Un enseignant peut transmettre certaines parties techniques, mais le rapport au jeu et à l'émotion théâtrale n'est pas technique. Le présent n'est pas technique. Si un acteur ou un metteur en scène est trop à l'écoute de lui-même, la liberté de création n'advient ni pour l'un ni pour l'autre. Manque ce vide fertile où les choses lèvent, puis trouvent leur forme. Je suis certaine que beaucoup ont ce don mais que les circonstances de la vie ont fait qu'ils n'ont pas pu le découvrir. Je ne pense pas que tous les acteurs soient bons, il y en a de bien meilleurs que d'autres, de bien plus avancés que d'autres. Certains, même s'ils ne sont pas en état de grâce tout le temps, sont des comédiens, car ils ont cette capacité de croire dont je parlais, même l'invraisemblable.

« Un enseignant peut transmettre certaines parties techniques, mais le rapport au jeu et à l'émotion théâtrale n'est pas technique. Le présent n'est pas technique. »

Une répétition contient beaucoup d'amour, de joie et de souffrance.

A. M. : L'amour n'exclut pas la colère. Je me mets en colère contre moi-même quand je ne parviens pas à obtenir ce que je voudrais avoir ou que je pense que je devrais avoir. L'acteur et l'actrice ont d'abord besoin d'espace, de temps et de clarté.

Les acteurs apprenaient autrefois hors école parce qu'ils étaient liés intimement à d'autres acteurs plus âgés.

A. M. : Dans les grandes familles de théâtre de nô ou de kabuki, l'école n'existe pas : c'est la famille, et c'est aussi la troupe. Un jeune vient, qui apporte un tabouret pour voir et entendre des acteurs autour de lui qui jouent bien, ce qui signifie « qui vivent bien ». Ils sont dans la vérité, dans la musique et dans le rythme où les choses sont épurées, hors de tout encombrement. Des évidences qui sont des lois.

Les écoles de théâtre sont aujourd'hui nécessaires.

A. M. : Les écoles de théâtre, très utiles, devraient être aussi des préparations à la vie, et non au marché. Je suis triste quand je vois que les apprentis comédiens pensent que le rôle de l'école est de les lancer sur le marché. L'école leur apprend plutôt la vie et comment la transformer.

Par quoi finalement passe la transmission '

A. M. : La transmission passe par la parole, les images, les sensations, les intonations et les silences. Dans un autre registre, les classes théâtre dans les lycées non seulement doivent subsister mais se multiplier car elles changent le regard des enfants face au monde. Voilà la vraie conquête.

Propos recueillis par Véronique Hotte

 



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