La saison classique en France

Qualité du lien avec les artistes

« Les festivals participent à la mise en valeur du patrimoine. »

Quelle est la « marque de fabrique » de votre Festival ?
Alain Brunet : La qualité du lien avec les artistes, la fidélité que nous leur marquons (Christie est venu 16 fois à l’abbatiale avec les Arts florissants et a dirigé 3 fois l’Académie baroque européenne en 30 ans !), la fidélité à ceux qui ont grandi avec le Festival (Jaroussky y a fait son deuxième concert professionnel, chacun de ses passages est un événement). Nombre d’anciens académiciens (issus de l’Académie baroque d’Ambronay) font désormais carrière dans de grands ensembles de musique ancienne : Patricia Petibon, Stéphanie d’Oustrac, Héloïse et Ophélie Gaillard, Leonardo García Alarcón, Vincent Dumestre, Raphaël Pichon… Il y a aussi l’esprit de découverte, la modernité à l’intérieur de la musique ancienne. Nous disposons par ailleurs de l’acoustique extraordinaire de l’abbatiale, à la fois cristalline et brillante, qui produit un « beau son ». La musique conserve sa brillance dans ce lieu épuré. La présence du public absorbe la réverbération du lieu à vide, et le son est alors parfaitement équilibré.
 
Quels sont vos projets pour la prochaine édition ?
A.B. : Paradoxalement, alors que le baroque est un courant musical qui émane, au xviiième siècle, de l’Europe méridionale, et plus particulièrement de l’Italie, son renouveau, dans les années 1970 et 80, est surtout le fait de l’Europe septentrionale et des pays anglo-saxons. La Méditerranée baroque est éminemment hybride, voie commerciale entre l’Orient, l’Afrique du Nord et le monde occidental, voie intellectuelle entre les différentes civilisations qui s’y rencontrent, entre chrétienté, islam, judaïsme. En 2010, nous allons aborder ces musiques liées à la Méditerranée, avec une ouverture sur sa partie orientale et privilégier aussi la verve des interprètes venus du Sud. Nous voulons que le programme reflète l’ensemble de l’influence de la Méditerranée sur la musique et pas seulement celle de l’Italie.
 
Quel rôle jouent selon vous les festivals dans la vie musicale française ?
A.B. : L’étude qu’a réalisée France Festivals illustre combien les festivals pèsent artistiquement, (commande de programmes originaux, créations, découverte, soutien aux jeunes artistes) et dans l’économie de la culture (emplois de musiciens et de techniciens intermittents, retombées directes et indirectes dans les économies locales). Ils participent aussi souvent à la mise en valeur du patrimoine. C’est aussi un atout pour le rayonnement de la France à l’étranger. Les festivals assurent une grosse activité à beaucoup d’ensembles de musique ancienne, dont les tournées sont majoritairement axées sur les festivals (il existe peu de saisons en musique ancienne alors que nombre de festivals en programment).
 
Comment voyez-vous l’évolution des festivals de musique dans les prochaines années ?
A.B. : Je pense que les festivals, si l’on excepte les grands rendez-vous internationaux, seront de plus en plus les fers de lance des politiques culturelles des collectivités territoriales. Le bouleversement des financements va se poursuivre ; la question de l’ancrage territorial se posera donc de plus en plus. Le côté « prestige » des festivals jouera sans doute encore un rôle, mais c’est surtout le travail de terrain – travail de fond avec les publics, travail de sensibilisation, travail avec les publics plus éloignés de la culture (notamment en zone rurale) – qui deviendra primordial. Les collectivités sont très sensibles à ce travail sur le territoire qui justifie à leurs yeux, autant que le prestige, l’aide importante qui peut être accordée aux événements. Ambronay dispose d’un atout supplémentaire puisque, depuis 2003, c’est le statut de Centre culturel de rencontre qui prévaut. Ce label est décerné pour un projet qui anime un monument historique d’une activité artistique, culturelle et intellectuelle en prise avec le tissu économique. Il permet d’associer plus étroitement les collectivités autour du projet, d’embrasser tout au long de l’année des activités diversifiées telles l’action culturelle, les éditions, la recherche, la formation et l’insertion professionnelle, de permettre la restauration de ce site immense qui, à terme, est amené à devenir un des sites majeurs du département de l’Ain.
 
Propos recueillis par A. Pecqueur

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