La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

La formation théâtrale en France

L’exigence humaniste

L’exigence humaniste - Critique sortie

Publié le 10 mars 2011

Pascal Parsat a créé en 2004 O Clair de la Lune, une école qui offre un
enseignement théâtral aux élèves en situation de handicap ou pas. Le directeur
de la compagnie Regard’en France continue ainsi son travail de lutte contre la
ghettoïsation, commencé il y a quinze ans.


Pourquoi chez vous ce souci du handicap ?

Pascal Parsat : La compagnie Regard’en France a toujours été visionnaire
et a toujours su proposer des réponses à des questions non encore posées. Notre
école est une réponse à une carence sociétale qui n?est pas prise en compte ou
en charge par l’Etat. La volonté de créer notre école est partie d’un constat :
en 2003, il n?y avait pas d’élèves en situation de handicap dans les écoles de
théâtre. La seule offre qui leur était faite était une offre de loisir en forme
de ghettoïsation. J’ai voulu rompre avec ça et proposer que des élèves,
handicapés ou non, apprennent ensemble les fondamentaux du théâtre en faisant
des propositions élargies aux élèves pour qu’ils aient le choix de leur
expression, chacun étant conduit à la fois à égalité et à son rythme. Je refuse
la discrimination positive. La première chose pour un élève est d’être au pied
de son mur et de ne pas s’abuser lui-même. En tant que pédagogue, je refuse
d’appréhender la personne autrement que pour ce qu’elle est. D’ailleurs, ça
fonctionne très bien et ça change le regard sur le handicap. La preuve en est
que lors des présentations des travaux des élèves, les spectateurs remarquent
qu’il est impossible de savoir qui est handicapé ou pas. Celui qui est sur scène
est ou n?est pas comédien, c’est tout. Les quatorze professeurs avec lesquels je
travaille sont des professionnels du théâtre et pas des travailleurs sociaux :
c’est une école de théâtre, nous avons des élèves ; encore une fois, un point
c’est tout !

« Je refuse la discrimination positive. La première chose pour un élève est
d’être au pied de son mur et de ne pas s’abuser lui-même. »

Quel pédagogue êtes-vous ?

P. P. : En tant que directeur pédagogique, j’accompagne la formation, je
« débriefe ». Je refuse le frisson émotionnel gratuit et suis d’une très grande
sévérité quand c’est nécessaire, quand le travail est incertain ou bâclé : nous
ne sommes pas dans le charitable. Qui aime bien châtie bien ! Il est
indispensable que les élèves entreprennent cette épreuve car être comédien est
une épreuve constante. Je ne suis pas un thérapeute ! Fondamentalement, je suis
un humaniste et je pense qu’une société qui exclut un seul de ses citoyens n?est
pas digne. Le handicap constitue un problème extrême dans une société qui nous
interpelle sur notre incapacité à être différents. « Tous nous serions
transformés si nous acceptions d’être différents »
, disait Yourcenar. Quand
on a le goût d’enseigner, qu’on se frotte comme moi au handicap depuis quinze
ans et qu’on sait que le théâtre est un atout formidable, il est évident qu’on
se lance dans l’aventure, plutôt que de laisser ces gens se faire abuser par des
beaux parleurs ou des apprentis sorciers.

Propos recueillis par Catherine Robert

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