La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Le Cirque contemporain en France

Changer de point de vue

Changer de point de vue - Critique sortie
Légende : Johann Le Guillerm CR : Philippe Cibille

Fondation BNP Paribas : 15 ans d’engagement auprès des Arts du Cirque

Publié le 11 novembre 2014

Figure singulière et majeure du cirque français, Johann le Guillerm promène une esthétique à part qui réinvente, subvertit, et poétise la matière. Il excelle à aller là où on ne l’attend pas, et propose cette année un cycle de conversations – rencontres entre artistes, penseurs, chercheurs et public – au sein du Jardin d’Agronomie Tropicale de la Ville de Paris.

Comment votre conception du cirque a-t-elle évolué au fil du temps ?

Johann le Guillerm : A l’origine danseur de corde, manipulateur d’objets et fildefériste, j’ai effacé petit à petit de ma pratique les techniques circassiennes traditionnelles. Pourtant, au cirque, on reste toujours dans sa technique. Car cette technique, on met une vie à la mettre en place. Chez moi, tout tourne autour de l’équilibre, de la manipulation et de la création d’objets. Pour mes spectacles que je pratique comme des expérimentations, la matière et les objets servent avant tout à matérialiser ma pensée avant de chercher à faire apparaître une poésie ou une beauté particulière. Je prends souvent pour cela des objets quotidiens que je détourne. Le cirque reste avant tout un espace de points de vue avec des spectateurs qui encerclent l’histoire. D’où mon travail sur le point comme unité minimale pour ordonner le monde, qui m’a fait croiser des disciplines telles que les mathématiques, la géométrie, la philosophie. J’ai ainsi développé des connaissances qui me servent dans tout ce que je fais. Dans mon travail avec cette matière, je retrouve des notions d’équilibre, de porte-à-faux, etc. Je considère le cirque comme un phénomène d’attroupement qui se fait autour de pratiques minoritaires, c’est-à-dire peu pratiquées. Il faut donc développer des techniques très pointues pour rester minoritaire, pour rester dans le cirque.

Qu’est-ce que ce Jardin d’Agronomie Tropicale    ?

J. L. G.  : C’est là que nous accueille maintenant la Ville de Paris. Avant, nous étions à la Villette, à côté du périphérique. Ici, c’est beaucoup plus tranquille. Nous sommes dans le bois de Vincennes, dans la nature. Et puis ce jardin a une histoire particulière, et lourde : il abrite des vestiges de l’exposition coloniale de 1907 longtemps restés à l’abandon. On y trouve une bibliothèque sur l’Histoire des colonies et les monuments aux morts des anciennes colonies.

Pourquoi organiser ces conversations    ?

J. L. G. : J’ai toujours aimé confronter mes recherches avec le monde scientifique. Je suis un autodidacte et dans mon travail, j’expérimente et j’observe le résultat. Les scientifiques travaillent eux dans une direction complètement différente. Vis-à-vis d’eux, je suis un peu comme un alchimiste. Il y aura aussi lors de ces rencontres des artistes comme Kitsou Dubois, un anthropologue, et le célèbre jardinier Gilles Clément.  Pour cette première conversation, nous échangerons autour de la question du point de vue.

« Le cirque reste avant tout un espace de points de vue avec des spectateurs qui encerclent l’histoire. »

Pourquoi avoir voulu rendre ces conversations publiques    ?

J. L. G. : Pour partager cette expérience. Avec le public, il y a une dimension spectaculaire et ce dernier peut également apporter des questionnements. Par ailleurs, nous effectuerons une visite guidée du Jardin et je mettrai en oeuvre une conférence performée avec le philosophe Christian Ruby. Je serai là pour perturber son discours, dans l’improvisation naturellement, car une part d’inattendu est nécessaire si je veux avoir une chance de le perturber !

Cette question du point de vue guide vos recherches depuis longtemps, qu’y avez-vous découvert    ?

J. L. G. : Au début, je pensais travailler dessus une semaine et, depuis, ce point n’en finit pas de grossir. Il se dédouble et se dérobe sans cesse car on peut toujours partir d’un autre point de vue pour considérer le point de vue. Jusqu’ici, ce qui m’a beaucoup frappé, et perturbé, c’est que ce que l’on voit cache toujours quelque chose que l’on ne voit pas !

 

Eric Demey

 

Conversation au jardin n°1 : le point de vue. Au Jardin d’Agronomie Tropicale, 45 bis avenue de la Belle Gabrielle. 75012 Paris.  Le 24 octobre à partir de 17h. Tél    : 01 49 57 15 15.

A propos de l'événement


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