Théâtre - Critique

Grande

Grande, bientôt au festival Spring et au Monfort. CR : Tout ça que ça

En tournée / conception et mes Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons
Critique

Spectacle aussi inclassable qu’exceptionnel, Grande passera par le Festival Spring avant de revenir au Monfort. Une deuxième chance à ne pas manquer.

On se souvient du remarquable De nos jours (Notes on the circus) du collectif Ivan Mosjoukine qui avait fait sensation il y a quatre ans. Une sorte de cabaret dada circassien mené tambour battant qui enchaînait les numéros tout autant qu’il en révolutionnait le concept. Après dissolution de cette troupe internationale, deux de leurs membres, Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons, remettent le couvert avec Grande. Actrice de cinéma et de théâtre, passée par le Centre National des Arts du Cirque et le Conservatoire national d’art dramatique, Vimala Pons a un parcours marqué par la transdisciplinarité. Il en va de même pour son compère Tsirihaka Harrivel, le cinéma en moins et la musique en plus. Leurs trajectoires respectives respirent la liberté et le goût du mouvement en dehors des cadres établis. Et Grande est sans doute si remarquable et émouvant parce que le spectacle fait passer sur le plateau (et dans la salle) le souffle de leur liberté. Ces jeunes trentenaires défient les cases, les genres, les catégories de production et de création, et font vibrer le plaisir et le danger qu’il y a à oser, à se permettre tout mais pas n’importe quoi. Résultat : leur spectacle est hors-normes et vous renversera sans doute.

Une machine à laver sur la tête

Les deux artistes associés au 104 décident dans Grande qu’on est au cabaret plutôt qu’au cirque et qu’on peut donc y faire numéro de tout, de strip-tease, de chant, d’arts martiaux, de comédie, tout autant que de voltige ou de services de tennis, ou qu’on peut également porter une machine à laver sur la tête ou jeter des couteaux sur des images de Poutine et Le Pen. Pour sa structure, le spectacle est constitué de revues qui se succèdent entre des tables recouvertes de synthétiseurs qui sentent bon les années 80 et d’un amas de fringues digne d’une friperie. A chacune d’elle, les deux artistes entrent en scène comme si leur vie en dépendait. On les suit sans comprendre. Ça va vite. Tout dans le spectacle s’enchaîne en boucles rapides. Il n’y a pas à raisonner. On est emporté. Des thématiques émergent et replongent, autour du fil rouge et intermittent de l’histoire ordinaire d’un couple. Entre une chute vertigineuse le long d’un toboggan à pic et les va-et-vient d’un palan électrique qui les empoigne comme des pantins, au rythme trépidant d’une musique qu’ils ont composée, chantent et jouent sur scène, Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel emportent dans un ailleurs du cirque, du théâtre, du spectacle, dans la pétarade de leur créativité qui paraît tout aussi instinctive qu’élaborée, capable comme un voltigeur de se mettre cul par-dessus tête et, comme par miracle, de retomber sur ses pieds. Une fin mélancolique et épuisée, une revue d’amour numérotée 1, parce que le spectacle commençait par la fin, et un compte à rebours y mettent un terme. On en sort lessivé et remis à neuf, l’infini champ des possibles de la scène vient de s’ouvrir à nouveau.

Eric Demey

A propos de l'événement

Grande
du Mardi 18 avril 2017 au Samedi 17 juin 2017
Le Monfort
106 Rue Brancion, 75015 Paris, France

Le Monfort, 106 rue Brancion, 75015 Paris. Du 18 avril au 6 mai, du mardi au samedi à 20h30. Tel. : 01 56 08 33 88. Durée : 1h55. Spectacle vu au 104, associé au Théâtre de la Ville.


Les 15 et 16 mars au Prato à Lille, les 21 et 22 à la Comédie de Caen dans le cadre du festival Spring, les 18 et 19 mai au Maillon à Strasbourg, les 23 et 24 à Bonlieu à Annecy, du 15 au 17 juin aux Subsistances à Lyon.


Mots-clefs :, ,

A lire aussi sur La Terrasse

Théâtre - Critique

Grito / Je crie

Après son Polyptyque Escalante, projet [...]

Grito / Je crie : En savoir plus