Danse - Critique

Grand Finale

Crédit : Christophe Raynaud De Lage Légende : Grand Finale d’Hofesh Shechter.

Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines / Chor. Hofesh Shechter

Dans Grand Finale, le chorégraphe nous met face à une humanité en chute libre, lancée comme une fusée vers sa propre fin, tout en militant pour le vivre ensemble. Un Finale grandiose !

Né en 1975 en Israël, formé à la Batsheva Dance Company d’Ohad Naharin, et vivant à Londres depuis 2002, Hofesh Shechter, avec Grand Finale, nous livre une vision du monde ancrée dans son histoire personnelle. Et celle-ci rencontre la guerre, les attentats, les cicatrices de la shoah, le chaos universel, dans une pièce monumentale, violente et engagée. Conçue en une grande fresque ponctuée par des récits d’intimité où l’espace se resserre autour de quelques danseurs et de l’inconnu, Grand Finale donne le frisson. Quoi qu’il arrive, la peur rôde dans les volutes de fumée ou les noirs brutaux qui font sursauter les cœurs.  Il y a un petit orchestre sorti tout droit de son shtetl qui n’arrête pas et dont la fanfare continuelle et remontante soutient et entraîne tous les pieds. Il y aussi la rumeur grondante et perpétuelle de la partition composée par Hofesh Shechter aussi bon musicien que chorégraphe. Mais dans les deux cas, tout est calculé pour provoquer une sensation qui est remplacée par une autre précisément au moment où elle allait se transformer en pensée. Toutes sortes de confidences incomplètes, d’ouvertures voilées, de commencements énigmatiques peuplent cette pièce.

Un récit aux accents apocalyptiques

C’est l’éruption à travers le mouvement qui emporte les masses humaines. La phrase chorégraphique part du nœud central des muscles et des viscères jusqu’à la lente explosion ou la déflagration instantanée des corps, comme réponse infatigable au chaos du monde. Mêlant avec habilité l’obstination frondeuse des danses folkloriques et une gestuelle complexe héritée de la Batsheva, des marches à la puissance toute militaire et une recherche sur les portés, la chorégraphie invente une danse d’un nouveau genre où la mort saisit le vif, jusqu’à s’unir amoureusement avec un cadavre. Ce sont les fantômes qui, en masses inépuisables, chargent ou se précipitent sur nous à une allure d’ouragan. Frénétiquement viscérale, la danse va dans le mur. Ceux que Tom Scott a imaginés pour sa scénographie. Ces murs qui sont ceux d’hier et d’aujourd’hui : Berlin, Jérusalem, ou la barrière de Donald Trump entre les Etats-Unis et le Mexique. Mais ne nous y trompons pas, il s’agit au Finale d’une danse de survie, comme en témoignent les musiciens, qui, dans une très belle scène où ils portent queue de pie et gilet de sauvetage, nous rappellent implacablement l’orchestre du Titanic jouant la valse de La Veuve Joyeuse

Agnès Izrine

A propos de l'événement

Grand Finale
du Vendredi 29 septembre 2017 au Samedi 30 septembre 2017
Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines
3 Place Georges Pompidou, 78180 Montigny-le-Bretonneux, France

à 20h30. Tél. : 01 30 96 99 00. En partenariat avec Le Prisme, Centre de Développement Artistique. Durée : 2h avec entracte. Spectacle vu en juin 2017 à la Grande Halle de la Villette.


Mots-clefs :, ,

A lire aussi sur La Terrasse

Danse - Portrait

Jérôme Bel

En neuf spectacles, dont un filmé, le [...]

Jérôme Bel : En savoir plus
Danse - Entretien

SOLSTICE

Blanca Li anime la rentrée à Chaillot : son [...]

SOLSTICE : En savoir plus